Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

22.9.17

THOLLOT IN EXTENSO
SORTIE LE 22 SEPTEMBRE 2017

"Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage."
Henri Michaux (in Tranches de Savoir)

16.9.17

LES ÎLES ET PRESQU'ÎLES
DE JEAN AUSSANAIRE

16 avril 2016, les Allumés du Jazz, sous la houlette de leurs disquaires Cécile et Juliette, organisent dans leur boutique du Mans comme à la presque habitude, leur très avenant Disquaire day. Et pour plus de faits et de fête, quelques amis musiciens (Pierrick Lefranc, Jean Aussanaire, Catherine Delaunay, Tony Hymas et les groupes Le bénéfice du doute - Timothée le Net, Mael Lhopiteau - et Ensemble Luxus  - François Cotinaud, Jérôme Lefevbre, Pascale Labbé) s'ébattent toute la journée, dehors ou dedans. Amicale atmosphère de très bonne camaraderie et musique qualificative. Vers 15h, Jean Aussanaire, seul avec son saxophone alto puis soprano, joue dans la cour. C'est immédiatement saisissant, mais doucement saisissant et s'affirme sans heurt. On se trouve bien de cette écoute et on réalise petit à petit, en quelques pièces, dont une de Steve Lacy, cette sorte d'énoncé de tendresse, mais une tendresse intrépide où s'entrelacent la vie des hommes, leurs regards directs et le lieu de leurs secrets. Une alchimie d'une grande beauté à la précision la plus adaptée : l'ampleur réelle pourrait bien se nicher, sans nier le souffle des hymnes au long cours, dans une certaine simplicité au milieu d'un monde tourmenté. Ce concert offert par Jean Aussanaire dans la cour des Allumés du Jazz restera un de ces grands moments de musique, plantes exceptionnelles qui surgissent sans crier gare et perdurent à jamais dans la mémoire. Sur le chemin du retour, lorsque chacun donne ses impressions, Tony Hymas confie : "Jean Aussanaire is a hell of a player".

Un sacré musicien, c'est sûr ! Oscillant entre la douceur tourangelle et l'appel de la mer, Jean Aussanaire, véritable navigateur, a toujours bourlingué dans un grand jeu de liberté, de franche détermination n'excluant aucune conciliation. Le devenir lui sied si bien.

Quelle maladie traîtresse a pu avoir l'audace imbécile de l'arracher à la vie ce soir du 14 septembre 2017 ? Lui qui avait compris que les sources, quelles que soient leurs géographies, ne sont jamais isolées, qu'elles peuvent être jointes et se rejoindre. Que ce soit avec Cache Cache, trio de dix ans pour terminer le siècle précédent, avec ses amis Olivier Thémines (l'étonnant Veine de tuffeau), Jean-Luc Cappozzo, Mico Nissim, Jacques Bolognesi, Jacques Mahieux, Sébastien Boisseau, Ed Sarath, Clément Gibert, Luigia Salvi, Hélène Labarrière, Jacky Molard (Brest Babel Orchestra), Bernard Santacruz, Bruno Tocanne (il était membre d'Over the hills), Eric Brochard (la musique créée ensemble pour Finis Terrae de Jean Epstein), MOB, quartet consacré à la musique d’Ornette Coleman, l'étonnante fanfare de poche TouUt (avec Camille Secheppet et Daniel Malavergne - que de bons souvenirs à Livioù ou Douarnenez !). On n'oubliera évidemment pas bien sûr le Workshop de Lyon, auquel il était si heureux d'appartenir, groupe substantiel depuis 1967 qu'il rejoignit en 2003. Ce qui le conduira aussi à intégrer l'Arfi et participer activement à quelques uns de ses groupes et inventions comme La Marmite Infernale, Arfolia Libra ou, à partir d'un tableau de Bruegel, la création, avec Jean Méreu, Bernard Santacruz et Laurence Bourdin, du spectacle A la vie, la mort. 

On pourrait aussi citer des danseurs, des sculpteurs, des comédiens, des œnologues, évoquer aussi les festivals qu'il a organisés à Rochecorbon (ville de tuffeau), Noizay ou dans sa chère Belle-île-en-mer (Notes à Belle-Île).

Dans le numéro 35 des Allumés du Jazz, Jean Aussanaire avait écrit "Du bénévolat aux institutions" article où il s'inquiétait de la dérive qui a saisi l'ensemble du monde musical : "La structuration, la reconnaissance, le professionnalisme ont gagné tous les étages de notre petit monde, et alors ?  Est-ce que les musiciens jouent plus ?".

La citation attribuée parfois à Platon, parfois à son élève Aristote : " Il y a trois sortes d'hommes : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer" a beau être le lieu commun des préfaces maritimes, on l'aimerait réelle afin que Jean Aussanaire, musicien fendant l'onde d'une insigne humanité et merveilleux compagnon, se retrouve dans cette troisième voie se dessinant de toutes les façons dans nos cœurs.


Photo B. Zon ( Le Mans, 16 avril 2016)











12.9.17

EN ROUTE...

" Nous ne céderons rien, ni aux esclavagistes, ni aux crétins, ni aux vampires"

28.8.17

LA TERRE EST ORANGE COMME UN FANTÔME

Dimanche 27 août, métro parisien, ligne 8 dite Orange (couleur qui, d'après Kandisky, "ressemble à un homme sûr de ses forces et donne en conséquence une impression de santé"), un jeune homme monte dans la rame, une enceinte à la main. Très vite il prévient qu'il ne demandera ni argent, ni ticket restaurant, ni rien du tout. Il réclame à peine l'attention, prévient seulement qu'il aimerait bien partager quelque chose en ces temps où l'humanité disparait derrière les robots, où l'on ne se regarde plus, ne s'écoute plus. Son sourire marque l'intelligence. Il règle vite sa petite enceinte et commence à rapper. Son flow est beau, le texte est fin, la musique est intéressante, le beat est juste et son corps se meut avec grâce. Il parle de la dislocation des esprits et des corps. Pas besoin de rassurer, ni de faire peur, partager seulement, il nous invite, on est chez lui, il est chez nous, nous sommes chez nous. Les visages habités se réveillent, se révèlent, quelque chose passe en élans suspendus. Seuls ceux qui sont restés sur leurs téléphones l'ignorent, regardent ailleurs, nulle part. La vie est-elle jeu de semblance ? Une jeune fille va vers lui "je peux ?", il dit "bien sûr" et puis elle l'enlace, le sert dans ses bras un bon petit moment. Il semble heureux nous salue, descend du métro et disparaît presqu'iréel. On a un peu le cœur serré à l'idée qu'on ne le reverra plus, l'incroyable douceur d'une amitié fulgurante fragile et ouverte à l'amour, pour vivre autrement hors du cataclysme producteur.

Plus tard, au Temps du Corps (ça ne s'invente pas), l'Atelier Tampon en vadrouille propose un concert du trio John Dikeman, William Parker, Hamid Drake. Dans la lumière orangée, la musique commence comme une dessin sur le sable qui pénètre la mémoire pour y grandir au fur et à mesure de l'arrivée de la mer. L'énergie du saxophoniste est fulgurante soutenue en connaissance de cause en une sorte de demande et d'offre permanente de solidarité sans esquive. L'adhésion grandit dans la salle au fur et à mesure de cette verve mobilisatrice. L'obscurité est en ligne de fuite. Tout s'allume, tout brille, se qualifie pour une extrême vitalité. L'acte de révolte montre ses sens. Le deuxième set se termine par un Ghosts d'Albert Ayler gorgé de soul. Les fantômes sont renommés instables pourtant se sont-ils bien entendus pour que tout le concert tende vers ce moment d'une exquise furie, ce poing tendu, cette indication pleine de corps et d'esprit.

Cela fera grand bien de se souvenir des mots et gestes du rappeur anonyme autant que de l'éclat du trio, dans les temps prochains... quand l'orange pourrait virer au rouge.



1.8.17

TONY HYMAS, HÉLÈNE LABARRIÈRE,
SIMON GOUBERT, JACKY MOLARD

DE CONCERT À LA CNT


« La mort ne tue pas l’idée, elle ne lui enlève pas ses formes sensibles, l’idée de la révolte et l’idée de la liberté s’accrochent au jazz, elles s’incarnent dans tous ces corps de musique qui leur donnent forme sensible. »
Philippe Carles et Jean Louis Comolli (extrait de « Free » in Buenaventura Durruti – 1996)

Pourquoi jouer ? Pourquoi produire l'imprévisible, partager le sentiment réputé insaisissable, révéler l'alchimie des petits secrets travaillés ? Pour quoi ? Pour qui ? Ce ne sont certainement pas les numéros numérisés du cirque électoral fraîchement épuisés qui auraient pu atténuer la permanence de ces très tarabustantes questions. Nous avons aimé le jazz parce qu'il n'était pas une langue d'emprunt, mais le passage possible de nos transes, grandes ou petites, un endroit où se rejoignent rythme, profondeur, écho quand la respiration permet la distance nécessaire, qu'elle déjoue les manières brusques du cours du temps, qu'elle les  transgresse par la poésie (l'enfance qui se souvient) pour envoyer au diable plis et replis de la vie. Manifestement ! Nous la désaimons avec peine, la craignons même, lorsqu'elle s'éloigne de son propre bouillonnement dans le catalogue des simulations de la conformité. Inadmissible pour les praticiens d'une musique à l'histoire dynamitant les frontières.

L'invitation faite à Tony Hymas, Hélène Labarrière, Simon Goubert et Jacky Molard par la CNT tombait à pic pour confirmer que ces premiers jours d'été pouvaient être des jours de printemps. Multiples ! Que la Parole Errante, endroit voulu par Armand Gatti et ses compagnes et compagnons où se tenait le festival du syndicat les 23, 24 et 25 juin, soit l'endroit où, pour reprendre le mot de Paul Celan, on ne faisait pas la différence entre un poème et une poignée de main, avait toute logique. Dans une fourmillante suite de rencontres, débats, expositions, projections de cinématographe, stands de livres, de disques ou films, concerts, scènes de théâtre, une certaine idée du jazz qui n'est qu'une idée forte de la musique en accord avec l'action des êtres, une idée d'une parole vivante et ses accents de drôles de régions personnelles put prendre place.

Tony Hymas joua d'abord seul au piano, en un set, sa traduction de Léo Ferré en commençant par "Les anarchistes", marque de salut mutuel. L'amour n'est sans doute pas pour rien dans l'idée originelle de la musique. La musique, longanime, peut aussi faire l'amour, jouée pour la liberté de celle ou celui qui l'écoute. Ensuite Hymas revint avec Hélène Labarrière (qui participa en mai 1997 à une autre journée mémorable organisée par la CNT), Simon Goubert puis Jacky Molard. Ces quatre-là ne sont pas réunis exceptionnellement par exception, mais par le partage constant en divers partages souvent éprouvés, partages de l'expérience des contrastes, de l'équilibre des expériences "personnelles" et "artistiques", de la parole vivante, son besoin de réconfort et ses coïncidences. Le blues des "Évadés de la nuit" introduit par un fracassant solo de la contrebassiste gagna toute l'assistance et le trio y forgea toute sa cohérence, celle qui chuchote : "Tant que nous-autres serons en vie". Le trio joua aussi "Don qui ?" thème écrit par Tony Hymas à cette occasion et dédié à Armand Gatti, souvenir inoubliable d'un week-end à Limoges d'échanges nourris entre le pianiste et l'écrivain à propos de la musique et de la vie. Jacky Molard fit son entrée sur un "Cant dels ocells" qui fut bien ce jour-là une forme de chant du monde se fondant petit à petit dans "As Crechas", thème du violoniste. "Himno de Mujeres Libres" qui ne saurait être un hymne passé, précéda "Standing Rock 2016" suite de Tony Hymas honorant la fantastique résistance contre un oléoduc monstrueux, symbole achevé du monde haïssable, qui prit naissance l'an passé dans la réserve lakota qui fut la terre de Sitting Bull. Un débat sur le sujet eut d'ailleurs lieu une heure avant le début des concerts.  "El paso del ebro" se glissa dans l'énergie d'un rappel très libre, chant de la guerre d'Espagne sans doute, de la révolution espagnole certainement, mais aussi chant séculaire offert un jour au témoignage du poète Federico Garcia Lorca et, ce 25 juin chant de nos amours. Ces moments furent aussi réels que merveilleux.

Et l'on aurait mauvaise grâce à ne pas souligner aussi qu'il furent grandement possibles par la gentillesse, l'efficacité, la conscience de toutes les militantes et militants de la CNT présents et leur formidable accueil. L'un d'eux nous rappela d'ailleurs cette citation d'Herbert Marcuse : "L'art ne peut pas changer le monde mais il peut contribuer à changer la conscience et les pulsions des hommes et des femmes qui pourraient le changer".  Ce jour-là tout le monde avait une bonne raison de se trouver là.

À très bientôt donc !


Un très très grand merci à Thierry, Didier et toutes et tous rencontrés avec bonheur ce 25 juin.

25 juin 2017, Festival de la CNT, La Parole Errante, Montreuil-sous-Bois
Tony Hymas (piano)
Tony Hymas (piano), Hélène Labarrière (contrebasse), Simon Goubert (batterie)

Photo : Martial Roche

31.7.17

JEANNE MOREAU

Elle ne fit qu'une brève apparition chez Godard (Une femme est une femme) mais elle rencontra en éclatante complicité nombre de réalisateurs qui secouèrent le cinéma tels Luis Buñuel (Le journal d'une femme de chambre), Orson Welles (Le procès, Falstaff), Rainer Werner Fassbinder, (Querelle), Michelangelo Antonioni (La notte), Joseph Losey (Eva, Monsieur Klein), François Truffaut (Jules et Jim), Jacques Demy (La Baie des Anges), Jean-Pierre Mocky (Le miraculé), Jean Renoir (Le Petit Théâtre de Jean Renoir), Tony Richardson (Mademoiselle). Elle réalisa elle-même (encouragée par Orson Welles, comment résister ?) deux films très sensibles pleins de charme (Lumière, L'adolescente). Charme qu'elle dispensa magnifiquement aussi comme chanteuse. Pour Jeanne Moreau, actrice primordiale de l'histoire du cinéma, notre mémoire ne flanchera pas.

26.7.17

À EN PERDRE SON LATIN

C'est tout de même terrible à quelle point la confiscation (façon de gouverner par le vide) peut nous atteindre. Déjà, on ne pouvait plus mettre les initiales de Post Scriptum en bas des lettres sans avoir l'impression d'y ajouter le sceau des traîtres, mais maintenant on ne peut plus dire qu'on est simplement "en marche" sans avoir le cerveau qui peste. C'est très pénible lorsque l'on aime les promenades et la randonnée. On dira donc qu'on est "en route" ou "en chemin" tout en restant discret, des fois que quelque politicien tortionnaire du vocabulaire nous prive de ce qui nous reste pour exprimer nos mouvements.

17.7.17

MARTIN LANDAU

Bien sûr on se souviendra de Martin Landau aux côtés de Barbara Bain dans la série Mission Impossible (fin des sixties) et son apparition dans North by Northwest (alias La mort aux trousses) d'Alfred Hitchcock (1959), mais on aura plus de mal pour la mémoire d'un film peu vu de Raul Ruiz, adaptation de L'île au trésor en 1985, avec un casting abracadabrant où se retrouvaient outre Martin Landau, Anna Karina, Melvil Poupaud, Jean-François Stévenin, Jean-Pierre Léaud, Vic Tayback Lou Castel, Pedro Armendáriz Jr, Yves Afonso et la chanteuse Sheila.

10.7.17

ELSA MARTINELLI

Elsa Martinelli est Hilda dans Le Procès d'Orson Welles (1962) d'après le roman du même nom de Franz Kafka (1925).
Film d'époque... laquelle? La nôtre hélas.

9.7.17

SIMPLE RAPPEL

On ne dira jamais assez ce que la lutte contre l'Aéroport de Notre-Dame-des-Landes (et son monde) a ouvert et réouvert d'inspiration, de vie, de relations, de complexité non feinte, de simplicité embrassée, de conscience des esprits et des corps.


Rappel pratique : Cette réalité ne doit jamais nous échapper.


 à lire sur le Glob : 
Notre-Dame-Des-Landes: Nécessaire à musiques







7.7.17

COME TOGETHER

57 ans après les Beatles, s'affiche à Hambourg une autre image de la jeunesse : l'image nécessaire d'une jeunesse nécessaire.








28.6.17

GERI ALLEN 1957-2017

De passage à Minneapolis, il y a quelques années, Geri Allen avait fait un saut à Paisley Park où elle avait enregistré de façon impromptue avec Michael Bland, Sonny Thompson et Matthew Garrison. Les participants en furent très joyeux. Geri Allen, on l'a bien sûr entendu avec Ornette Coleman, Tony Williams, Dave Holland, Jack DeJohnette, Joseph Jarman, Frank Lowe, Charlie Haden, Paul Motian ou Maurice Chestnut (grand souvenir en janvier 2011 à Sons d'Hiver) et dans une série de fort beaux disques qu'elle a signés depuis le très sensible Printmakers (1984) au titre si bien trouvé avec Anthony Cox et Andrew Cyrille.


Photo / DR Geri Allen

19.6.17

LE PLUS GRAND CIRQUE DU MONDE ?


Ça y est, c'est fini. Ouf !
Les clowns n'étaient pas drôles, les numéros obscènes, la musique fade, les animaux malades, les jongleurs maladroits, la publicité mensongère et les trucs de prestidigitation grotesques. Basta.

18.6.17

VOYAGE DES MOTS


De l'influence de l'expression du cortège de tête lors des manifestations contre La loi travail (printemps 2016) sur les titres du Canard Enchaîné (14 juin 2017)

14.6.17

ESPÈCE D'OURS


Plus que quelques jours pour la très intéressante exposition "Espèces d'ours" au Muséum d'Histoire Naturelle à Paris. Elle ferme ses portes le 19 juin (le jour de l'installation totale de la Macronie). Il y est fait mention de la scandaleuse et horrible décision des hommes d'église qui, pour assoir leur pouvoir vers l'an 800, décidèrent d'éradiquer les ours ou de les ridiculiser (montreurs d'ours). Ce sale con de Charlemagne se plaça d'ailleurs en tête de la croisade anti-ursidés. Dans les temps qui sont les nôtres, on comprendra aisément la nécessaire solidarité à avoir avec cet animal éminemment libre.

Photo de presse pour l'exposition

12.6.17

BENNY GOODMAN TOGETHER AGAIN

Pour commencer une semaine qui s'affiche bien souvent comme un parcours difficile, l'écoute d'un très bon disque est un bienfait sensationnel (Pas de l'entendre dans l'absence du monde avec des câbles médicaux, mais de l'écouter comme un moment de confidence énergique). Ainsi on ne saura que recommander "Together Again" des retrouvailles en 1963 du fabuleux quartet des années 30 de Benny Goodman avec Teddy Wilson, Lionel Hampton et Gene Krupa. Le clarinettiste fut d'ailleurs l'un des premiers à briser la ségrégation dans son orchestre, manière fiable de lier la musique au monde.

Produit par Georges Avakian pour Blue Bird
Ingénieurs du son : Mickey Crofford, Ray Hall

11.6.17

METÉO

Sur un trottoir de Paris ce dimanche, deux femmes discutent et soudain l'une met la main sur l'épaule de son amie et pointe le ciel du doigt :
- "Oh des moutons dans le ciel !"
- "C'est bien normal en ce jour d'élections"

SOLIDARITÉ AVEC LES RÉFUGIÉS

Hier à Paris de la Place de la Chapelle (18e) à la Halle Pajol, manifestation de solidarité avec les réfugiés. Accueillir généreusement des gens qui ont, dans des conditions qui forcent le respect, fui la guerre, la pauvreté et le réchauffement climatique, tombe humainement sous le sens et devrait s'imposer comme l'évidence du monde à venir.
Photo : B. Zon

9.6.17

SANS FUITE

... ne pas perdre pied, ne pas perdre pied, ne pas perdre pied...
Photo : B. Zon

8.6.17

EN MAY PRÉNOMME CE QU'IL TE PLAIT

Sur France Inter, Alain Passerel présentateur du journal de 13h, le 6 juin dernier, annonçait : "Mathilda May accusée par le Labor d'avoir supprimé des postes de policiers ces six dernières années". Lapsus ou Cri du Hibou ?

5.6.17

LE VÉNÉRABLE W.

Est-ce parce que Barbet Schroeder a connu une enfance transportant les frontières (né à Téhéran d'un père suisse - géologue - et d'une mère allemande - physicienne fille de Hans Prinzhorn, ayant grandit en Colombie puis en France où il fit ses études) qu'il est un cinéaste aussi saillant et multiforme ? Au versant documentaire, ses Général Idi Amin Dada : Autoportrait (1974) puis L'Avocat de la terreur (2007) ont fortement marqué. Gageons qu'il en sera de même avec son remarquable Le Vénérable W. qui s'attache à la persécution des Rohingyas par les bouddhistes birmans de Maba Tha, partisans du moine Wirathu. Il y montre précisément l'infernale construction de la haine façonnable et ses irréversibles conséquences destructrices et assassines, réflexes sur lesquels (comme tous les réflexes moutonniers), réfléchir aujourd'hui n'est pas un luxe et contre lequel agir est une nécessité.

29.5.17

AIN'T THEY SWEET

Il n'est jamais trop tard pour apprendre à danser le charleston.
Le disque du jour (1958) :

28.5.17

GREG ALLMAN

The Allman Brothers Band, groupe formé par deux frères Duane et Gregg, combo dit de rock, d'un blues foisonnant d'archipels, embrassait les traces de fréquentations prolifiques (les séances de Duane pour King Curtis, Aretha Franklin, Laura Nyro, Wilson Pickett, Otis Rush, Percy Sledge, Boz Scaggs, Delaney & Bonnie, Herbie Mann...). Leur troisième album At Fillmore East est une merveille. Duane s'est tué en moto en 1971 éclatant cette fraternité explicitement puissante. Gregg continua le groupe avec une ombre fraternelle prégnante proposant le très réussi Brothers & Sisters popularisé en France en 1973 avec l'instrumental "Jessica" qui servit de générique de "Pas de Panique" de Claude Villers sur France Inter. L'esprit de Duane ne quitta jamais Gregg... qui ce 27 mai vient de s'éclipser.

27.5.17

I'M NOT YOUR NEGRO


Le film de Raoul Peck "I'm not your negro" est, par l'éloquence tellement précise et vivante de James Baldwin, une histoire en perspective de l'Amérique, sa maladie suprémaciste, sa dépendance au racisme, une réflexion affilée de ce qui constitue l'identité américaine même. "Le monde n’est pas blanc, ne l’a jamais été, ne peut pas l’être. Le blanc est une métaphore du pouvoir". Au cœur, l'image bouleversante de Dorothy Counts, à quinze ans, bravant seule une foule qui la moque, lui crache dessus, lui jette des pierres, marche vers le lycée où elle s'est inscrite. Selon les mots de Baldwin qui résonnent tant aujourd'hui "L'Histoire n'est pas le passé, c'est le présent."

25.5.17

ELLINGTON ALL STAR ROAD BAND

Comment saisir l'indicible émotion, transcrire la description du partage existant, imager la relation réciproque, la respiration émerillonnée qui transpirent lors d'un moment enregistré ? C'est sans doute la question que tout producteur (définition incertaine) d'albums phonographiques se pose (devrait se poser).

L'album All star road band (volume 1) de Duke Ellington * enregistré en juin 1957 par Jack Towers et produit par Bob Thiele est une irrésistible réponse, un éclat ! L'orchestre joue lors d'une soirée dansante à Carrolltown (Pennsylvanie). Entièrement à l'aise, il s'exprime pleinement sans besoin surjoué d'affirmation, mais avec un sens phénoménal de l'existence poétique, de ce qu'elle permet de libération et de fondamental imprévisible. Avec l'orchestre : les danseurs. L'œuvre est collective, parlante, et chacun s'y exprime, encouragé en permanence. Tout est rêvé, vécu, solidaire, entraînant, expérimental, plein, plein, plein et partout les étincelles naissent. La tradition ne s'oppose à aucune audace, le quotidien est sublime. Un petit monde de vaillance, de rire, de confidence et d'amour.

Mieux qu'un témoignage, le disque transfère tout cela jusqu'à une autre expression. Jack Towers su exactement où placer ses microphones ou peut-être se laissa-t-il simplement guider. Dansait-il lui-même ? Dans quel coin de la salle ou de l'univers Bob Thiele fumait-il la pipe pour piger cette intense bonne pioche ? Tout apprenti producteur (définition incertaine) de musique enregistrée concentrée en album (y compris après 37 ans d'exercice physique) se doit de connaître cette empreinte, y réfléchir.

*Avec Paul Gonsalves, Johnny Hodges, Russell Procope, Harry Carney, Jimmy Hamilton, Ray Nance, Britt Woodman, John Sanders, Quentin Jackson, Clark Terry, Harold "Shorty" Baker, Willie Cook, Duke Ellington, Joe Benjamin, Sam Woodyard

14.5.17

TOUJOURS PLUS FORT

Bon, c'est vrai que ça fait Monsieur Muscle, mais est-il vraiment obligatoire de faire toujours plus fort que son prédécesseur ?
Les assignations à résidence d'opposants, la criminalisation de l’action syndicale, les détentions arbitraires de manifestants, la nouvelle loi pour étendre l'utilisation d'armes à feu par la police, la répression policière accrue, son impunité en cas de crimes, la généralisation du renseignement pour les personnes, le projet de déchéance de nationalité, les suppressions de postes dans les hôpitaux, à EDF, Air France, SNCF, Alstom, le bradage d'aéroports, la loi travail, les suppressions de lits dans les hôpitaux, la prolongation des concessions autoroutières, la loi Rebsamen, la baisse des APL, la hausse phénoménale du nombre de SDF, l'amputation du budget de Pôle emploi, l'amnistie totale pour les banques, la diminution du budget de protection sociale, les 900 millions d’euros de réduction d’impôts pour les plus riches etc. etc.
Le fiston adoptif héritier qui a déjà participé à tout ce fourbi va-t-il faire encore plus fort que son tuteur ?


Photo : B. Zon

12.5.17

SI LUDWIG SE JOUE DE L'EMPIRE,
QUI EMPIRE NE PEUT SE JOUER DE LUDWIG

En 1804, Ludwig Van Beethoven entra en rage lorsqu'il apprit la proclamation de l'empire par Napoléon Bonaparte. Il composa d'ailleurs plus tard La bataille de Vittoria (titre français gêné aux entournures, l'appellation d'origine étant Wellingtons Sieg, op. 91), pièce célèbre parce qu'elle raillait l'Empereur et parce qu'elle est considérée comme la première œuvre de musique écrite introduisant dans la partition des objets sonores (canons, mousquets etc.) en plus des instruments de lutherie, ce bien avant Russolo. On s'étonnera donc qu'au XXIe siècle un Napoléon (pour l'instant) en herbe  (pyramidale) ait l'idée de s'auto-introniser au Louvre dans le domaine des rois, sur une symphonie de  de Ludwig Van Beethoven. Cocktail d'ignorance et d'imposture en forme d'annonce ?

3.5.17

JIDÉHEM

Jean De Mesmaeker alias Jidéhem n'est plus. Créateur de Ginger en 1954, il rejoint l'équipe de Spirou en 1957 et devient de suite l'inséparable compagnon de Franquin qui lui confie volontiers certains des premiers strips de Gaston Lagaffe. La complémentarité est idéale. Jidéhem dessinait les voitures comme personne et c'est encore lui qui les croque dans bon nombre d'aventures de Spirou et Fantasio. Dans un monde de BD bien trop mâle, il fait apparaître en 1964 Sophie, héroïne qui vivra une vingtaine d'aventures. Le patronyme de Jidéhem, lui, deviendra célèbre grâce à la création par Franquin d'un inutile businessman et ses contrats impossibles à signer. Signe des temps.

1.5.17

ARAM PÉCHINE

Ce matin de 1er mai sur France Inter à 8h55, le sketch honteux (aussi inspiré qu'un numéro raciste de Pierre Péchin) de Sophia Aram (qui s'empresse bien sûre de dire à la fin que ses enfants à elle ne parlent pas comme ça) ridiculisant la jeunesse qui cherche avec ses moyens parce qu'elle étouffe, qui réfléchit autrement que ses ainés, qui se révolte comme elle peut, qui n'accepte plus, qui pourrait aussi nous amener à repenser notre propre enlisement, en dit long sur les raisons même de l'état de délabrement où nous sommes arrivés et de ses responsables.

Image : Semeur à la volée par Vincent Van Gogh, peintre de conviction

30.4.17

EN PASSANT

Il est sans doute inutile d'ajouter de commentaires à la très orchestrée, auto-orchestrable, frénésie pré-deuxième tour électoral, tant celle-ci ressemble à tout sauf à un débat ou à une réflexion constructive sur le monde que certains des plus jeunes d'entre nous rêvent vraiment hors des sinistres déjà-vu. Avant de s'interroger sur qui sera encore vraiment là le 8 mai pour faire face à la suite, on notera simplement les intolérables commentaires ultra sexistes (sur l'âge, le physique, le vocabulaire "cougar" "poufiasse"...) à l'encontre de Brigitte Macron ou Marine Le Pen (comme ce fut le cas pour Ségolène Royal aussi - il y a suffisamment de choses à dire sur les deux systèmes incarnés par les candidats finalistes sans aller sur ce terrain nauséeux) ou les indignes insultes déversées continuellement envers les abstentionnistes dont bon nombre n'ont certainement pas à recevoir de leçon sur l'action réelle à mener contre le fascisme et l'ultra capitalisme pour s'y opposer d'esprit et de corps tous les jours et non tous les cinq ans.

27.4.17

NAGUI RÉGULATEUR DÉMOCRATE
Sans rigoler

Ainsi l'animateur radio-télé Nagui, celui qui estimait en juin 2016 que travailler dans la radio publique c'était « du bénévolat – on ne peut pas parler de salaire, c’est du défraiement », a censuré un des humoristes de son émission quotidienne, Pierre-Emmanuel Barré, au motif qu'il faisait dans un sketch l'apologie de l'abstention se concluant par « Je sais pas qui va gagner le 7 mai, mais je peux vous dire qu'il y aura 65 millions de perdants ». L'animateur s'est défendu « Mais non, ce n’est pas de la censure, surtout par rapport à la vraie censure qui risque d’arriver si Le Pen passe. Je suis sidéré qu’on banalise le fait que le FN soit au premier tour, qu’il n’y ait pas eu de manif ». Nagui, animateur habitué des manifs antifascistes donc (on cherche les traces pénélopiennes de sa présence à Bastille dimanche soir après l'annonce des résultats du premier tour). C'est tout simple et déjà éprouvé : pour éviter la censure : une autre censure. L'abstention qui a largement dépassé en nombre tous les autres votes n'est certes pas une masse homogène, mais ni plus ni moins que les autres groupes. Ses représentants n'ont pas de droit de cité. Marion Maréchal Le Pen, qui s'y connaît en extrême droite, disait récemment : « L'abstention ne bénéficie pas au Front national ». Pas très sensé ces histoires de censure !

26.4.17

ATTALI ES-TU LÀ ?
(Sans surprise)

Le pire livre jamais publié sur la musique s'appelle Bruits paru en 1977 et est signé Jacques Attali, conseiller des présidents François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, François Hollande et du demi président Emmanuel Macron. Il fut le promoteur de la rigueur économique en 1983 (il présenta Hollande à Mitterrand), le chantre de la croissance libérée (époque Sarkozy), l'inspirateur des lois Macron passées au 49.3 (période hollandaise, rodage sous Sarkozy).
Dimanche soir, celui qui se vante aussi d'avoir été l'excitateur du MP3, dînait au chic restaurant parisien la Rotonde avec son copain le demi président Macron, alors que les fascistes affichaient un soutien de 7 658 990 personnes. Dîner bourgeois sur fond de chemises brunes : la pire musique !


Illustration : Ouin (Les Allumés du Jazz n°11- premier trimestre 2007)

24.4.17

PROBLÈMES DE CALCUL

Au moment de toutes sortes de calculs en tous sens des uns et des autres, calculs-amers, calculs-regrets, calculs-vengeurs, mieux que les pourcentages : le simple nombre des personnes, la relativité des chiffres.

(Et les enfants ne comptent pas pour rien)


LA CHIENLIT

Le Général De Gaulle ? Bien des candidats se sont d'une façon ou d'une autre réclamés de lui en le citant en exemple : Macron, Fillon, Mélenchon, Hamon, Le Pen, Dupont-Aignan ... La chienlit c'est le dénominateur commun !

23.4.17

PLACE VICTOR HUGO

Puisque Victor Hugo fut allègrement cité par les candidats à l'élection présidentielle, on le citera encore, quitte à se répéter, avec le très classique "Police partout, justice nulle part", hélas indépassé, ce soir encore tellement actuel à Paris (et sans doute ailleurs) ci-et-là à Bastille, Place de la République, La Chapelle, Place Stalingrad, là où les voix de la vie réelle et leur indispensable poésie - véritable sens pratique - ne sauraient laisser quelconque place à l'illusion catastrophique, aujourd'hui comme hier. Aujourd'hui comme demain.

DR HOLLANDENSTEIN

La créature Emmanuel Macron inventée par le Dr Hollandenstein a déclaré ce matin au Touquet : "Ce qui est important c'est de voter pour Kiksesoâ". La créature ne s'est pas trompée, à 20h Kiksesoâ est sélectionné pour la deuxième mi-temps d'un électoral-circus où Kiksesoâ se maintient en piste depuis des décennies (en piste sans t et avec deux s).

CE QUI DES LIVRES

“Derrière chaque livre il y a un homme.” (Ray Bradbury - "Farenheit 451")... et même plusieurs. Au 8ème Salon du livre libertaire 2017, ce dimanche, à l’Espace des Blancs-Manteaux à Paris, rencontre entre Philippe Carles qui y dédicaçait Free Jazz Black Power (co-écrit avec Jean-Louis Comolli) avec Jean-François Pauvros, Bernard Loupias et Jean-Noël Cognard.

16.4.17

EAST SIDE FREEDOM LIBRARY

Hier soir à l'Est Side Freedom Library (St Paul Minnesota), Davu Seru avait réuni quelques camarades pour un concert, peinture, discussion.  Le trio Nathan Hanson, Chris Bates et Davu Seru en route à partir des traces du meilleur de la création libératrice, de ses traditions bouleversées et ses perspectives de reviviscence, pendant que Stéphane Cattaneo impressionnait ses traits. Desdamona fut de la fête pour deux impromptus approfondis. Ensuite, comme une suite naturelle au concert, tout le monde discuta à partir des expériences de la Zad de Notre-Dame-des-Landes et de Standing Rock, sur les moyens de résistance, d'organisation d'une autre vie, des perspectives créatives d'un autre futur.

11.4.17

AVEC ARMAND GATTI : ICI, HIER, MAINTENANT, AILLEURS, DEMAIN POUR UNE DEUXIEME AVENTURE DE L'HOMME.
Par Francis Juchereau



Avec Armand Gatti : ici, hier, maintenant, ailleurs, demain
Pour une deuxième aventure de l'Homme.

Par Francis Juchereau

Le "toujours maquisard" limousin "Don Qui ?" est mort le 6 avril, à l'arrivée du printemps. Fils de prolétaires émigrés, Armand Gatti fit de sa longue existence (1924-2017) une extraordinaire aventure combattante et multiple : la recherche d'une possible deuxième aventure de l'homme, hors des chemins de la catastrophe en cours.
Issus du monde des paysans pauvres du Piémont, les parents de Gatti émigrent en Amérique après la Grande guerre. Brutalement de retour en Europe, ils trouvent du travail à Monaco alors que Mussolini instaure le fascisme à deux pas, en Italie.  C'est en 1924, année de la (première) naissance du futur maquisard-poète prénommé Dante. Sa mère, Laetitia, est femme de ménage et admire François d'Assise. Son père Augusto, balayeur-éboueur anarchiste, a connu l'indicible violence des tranchées en Italie du nord, puis l'impitoyable répression patronale dans le Chicago des années 20, au temps de Sacco et Vanzetti.
Dante Gatti naquit pauvre et apatride... à Monaco : paradoxe originel qui le fera rebelle. 
Sa vie durant, il préservera farouchement cette marque de fabrique qui lui permettra de ne pas succomber. Car l'homme, dit-il, a la possibilité de s'émanciper, mais seulement s'il refuse catégoriquement cette société marchande et spectaculaire qui le happe. Il y réussira à la seule condition qu'il résiste, qu'il se déprenne de ce monde qui le rend "petit" et précipite la catastrophe.  
L'argent, la richesse, le lucre n'auront pas prise sur la vie et la pensée de Gatti. Et celui-ci se tournera naturellement vers un humanisme cosmopolite. Il s'engagera en faveur de la vie aux côtés des hérétiques, des "vaincus", des pauvres, pour "un homme plus grand que l'homme", par delà les frontières de l'espace et du temps.
L'historien Eric Hobsbawm nomma "Âge des extrêmes" le "Court XXe siècle" (1914-1989). Durant moins d'une vie humaine, surgirent deux guerres mondiales, des génocides (des arméniens, des juifs... peu après des tutsis) et une gigantesque techno-science qui cachera derrière son étiquette "Progrès" des boucheries industrielles de l'homme par l'homme et des saccages de notre planète. Face à cette démesure-ci, des révolutions et des luttes de libération surgirent mais furent interrompues brutalement, ou s'avérèrent des impasses, ou furent terriblement dévoyée.   
Gatti déploiera avec ferveur sa passion existentielle à travers les tumultes de ce siècle. Il sera journaliste, cinéaste, dramaturge... et toujours poète. En 1968, le milieu culturel officiel (TNP, Avignon...) l'avait quasiment consacré.  "Sous les pavés, la plage", slogan culte de 1968, est une réplique issue de son théâtre à l'heure du succès. Mais bientôt une de ses pièces sur le dictateur Franco sera interdite par le pouvoir. Alors Gatti se place délibérément en marge des institutions culturelles et sort définitivement du cadre son théâtre comme le langage qui s'y crée. Ces vingt dernières années, il élabora au long de ses écrits et de ses "expériences" (une autobiographie "improbable", La parole errante et les 17 textes et pièces de La traversée des langages) une parole exploratrice porteuse d'une vison du monde différente et nouvelle. Cette expression, complexe et d'un lyrisme certain, qui cependant participe à une véritable révolution culturelle, passe aujourd'hui quasiment inaperçue (la plupart des médias ne se réfèrent qu'à ses pièces d'avant 68, éditées au Seuil).  Malgré cela, la grande presse qui a largement annoncé sont décès, flaire une postérité prometteuse à travers des titres comme, "la légende d'un siècle", "mort d'un révolutionnaire du théâtre", "figure du théâtre du vingtième siècle", "miroir éclaté des utopies".
Mais c'est d'abord sur la montagne limousine, accueilli par des paysans communistes et planqué dans un trou de maquis au cœur de la forêt de la Berbeyrolle près de Tarnac, que Gatti connaît, assure-t-il,  sa "seconde naissance".  Arrêté puis interrogé, il découvre alors la parole poétique comme arme (prosaïquement, les gendarmes notent sur le procès-verbal de son arrestation : "l'intéressé (...) simule l'idiotie").
 "Ô forêt  seul langage inventé par la terre pour parler au soleil", déclame-il au même endroit, soixante trois ans après, amorçant sous l'orage la lecture publique de son poème en hommage à Georges Guingouin, au Limousin et à la longue marche de toutes les résistances.
Et de finir le poème par ces mots : "Les lettres d'Antonio Gramsci, lues à haute voix aux arbres pendant les heures de garde, nous remplissaient de la conscience que les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin étaient une barricade, la même que celle de Madrid, le même combat, le même futur à chaque instant créé."
Laissons conclure le poète, devenu à son tour "notre mort".
Ainsi, sur une pierre, au trou de la Berbeyrolle , le Toujours maquisard Don Qui ? a voulu placer ces mots :
"Prolétaires du monde entier, descendez dans vos propres profondeurs. Cherchez-y la vérité. Inventez là, vous ne la trouverez nulle part ailleurs".  Nestor Makhno.
"Nous ne sommes rien, soyons tout". Nicole Gompers. 


Armand Gatti et le cercle Gramsci

Gramsci-Guingouin-Gatti, une conjonction extraordinaire en Limousin

Si le G du logo du Cercle représente naturellement la première lettre du patronyme d'Antonio Gramsci, il a, au fil de sa "carrière" plus que trentenaire, indissolublement incorporé celle des noms Guingouin, puis Gatti.
En  juillet  2005, Armand Gatti a rencontré pour la première fois le cercle Gramsci en venant tout un week-end à Ligoure fêter les 20 ans du Cercle, avec Hélène Châtelain[1]. Ce fut un moment mémorable où les salles du château résonnèrent des chants de la Chorale des résistances sociales et où ses murs nous permirent d'admirer le film tourné par Hélène à Los Angeles lors de la création dans cette ville de la pièce "Chant public devant deux chaises électriques"(à partir des derniers moments de Sacco et Vanzetti). Si cette rencontre, permise par Manée Teyssandier et nos camarades de Peuple et Culture Corrèze, fut un moment capital pour la vie du Cercle, elle marquera sans conteste aussi un moment important dans le parcours d'Armand Gatti et de son œuvre.
L'automne 2005 fut marqué par la mort de Georges Guingouin, survenue au moment même où Gatti, invité par le Cercle, venait faire une lecture à Gentioux, organisée sur le plateau de Millevaches notamment grâce à un des "anciens" du Cercle, Francis Laveix de Royère de Vassivière. Nous pouvons parler de ce moment en termes de conjoncture extraordinaire, car il marque à la fois un retour créatif de Gatti sur les lieux de son maquis et sa rencontre avec une vie nouvelle foisonnant alors sur le Plateau, laquelle fera beaucoup parler d'elle médiatiquement à partir de 2008 avec l'affaire de Tarnac.
En effet, aux lendemains de Gentioux, Gatti écrivit un grand poème en hommage à Guingouin,  "Les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin", poème qu'il confia au Cercle. Grâce aux liens antérieurs liés par le poète avec l'éditeur limousin Jean Louis Escarfail (éditions Le bruit des autres), le Cercle put coéditer ce poème. Cette édition fut réalisée en vue d'une lecture mémorable du poème par son auteur devant la ferme de la Berbeyrolle (commune de Tarnac), ferme de la famille Hélie qui, en 1943, avait recueilli Gatti, devenu maquisard-poète dans la forêt éponyme.
Après cette lecture, Armand Gatti reviendra très régulièrement dans sa "Corrèze". Il sera notamment invité par Pierre Coutaud, maire de Peyrelevade, en vue de fonder un lieu de création international, université véritable ouverte à tous, porteuse d'une culture transformatrice issue des exigences nouvelles de ce siècle. Ce projet ne se réalisera pas en ce lieu et avec Gatti, mais Armand Gatti pourra entreprendre en 2010 avec l'aide d'Henry Roy, maire de Neuvic d'Ussel, sa dernière grande "expérience" qui réunit tout l'été un groupe de 30 stagiaires venant du Limousin, de différents lieux de France et internationaux. Cette pièce, "Science et Résistance battant des ailes pour donner aux femmes en noir de Tarnac un envol d'oiseau des hautes altitudes" fut un événement majeur dans la littérature et le théâtre selon Olivier Neveux, présent à Neuvic. Celui-ci écrivit à chaud : "les mots peinent à dire et décrire ce dont plusieurs centaines de personnes furent, cette fin d'été, les témoins. Comme si les catégories qui permettent l'analyse théâtrale s'avéraient sinon fausses du moins vaines, comme à côté. Quelque chose fut, en effet, à nul autre pareil".
Après 2010 et l'expérience de Neuvic, Armand Gatti reviendra fidèlement en Limousin, n'oubliant pas le Cercle. Le 13 novembre 2010, il fut l'invité d'honneur d'une soirée mémorable, salle Jean-Pierre Timbaud, sur le thème "création littéraire et engagement politique". Lors de cette soirée, son frère en poésie, le toulousain Serge Pey et sa compagne sarde, accomplirent une performance avec des portraits de Gramsci sur le texte de son poème Graffiti, puis Serge remit à Gatti un bâton de poète, recouvert d'un texte qu'il avait spécialement gravé.
En octobre 2012, Armand Gatti vint à Limoges plus particulièrement pour une soirée du Cercle sur "l'actualité de Gramsci" animée par Ramiz Keucheyan. Il participa tout simplement au débat, avec la même attention, le même intérêt et le même bonheur que celles et ceux venus ce soir là débattre et réfléchir ensemble à propos de la pensée d'Antonio Gramsci.







[1] accompagnés de Jean Jacques Hocquard, l'"amiral" de La Parole errante à Montreuil, d'Olivier Neveux universitaire spécialiste du théâtre d'A Gatti et d'Emmanuel Deléage, son assistant franco-américain, habitant Los Angeles.

Photo prise pendant l'expérience de Neuvic d'Ussel, en 2010 et lors d'un séjour avec Armand Gatti et Hélène Chatelain, Francis Juchereau et Christophe Soulié, dans le moulin d'Hélène, Berry - 2013. Merci à  Christophe Soulié

9.4.17

AU DRAP POT

L'overdose tricolore. Le fourbi où se retrouvent Hugues Capet, Jean le Bon, Saint Michel, Étienne Marcel, La Fête de la Fédération, celle de L'Être suprème, Le baron Jacques-Francois de Menou, Mirabeau, La Convention, Louis-Philippe, Adolphe Thiers etc. etc. jusqu'aux candidats à l'élection présidentielle 2017 (en tous cas tous ceux que les médias appellent d'un vocabulaire généralement accepté de tous : les gros candidats - tout un symbole), a sérieusement quitté la désuétude qui lui sied si bien pour devenir l'étendard partagé d'un patriotisme synallagmatique en une flagmania unificatrice d'image (pour qui n'aurait pas le son).

Dessin Tardi © Adèle Blanc-Sec

8.4.17

EDDY ET DOMINIQUE GAUMONT
ALWAYS PRESENT

Lors de l'émission d'Alex Dutilh "Open Jazz", diffusée en direct du disquaire Le souffle continu le 6 avril à l'occasion de la réédition des albums du Cohelmec Ensemble, le saxophoniste Jean Cohen a mentionné deux des frères Gaumont : Eddy (le batteur) et Dominique (le guitariste). Sur Internet, où l'on ne trouve pas plus de choses qu'à la Samaritaine (bientôt reconvertie en hôtel touristique), les Gaumont sont très absents (quasi totalement pour le premier) ni leur extraordinaire créativité, ni leur fin tragique n'inspirent les fondus de la toile. Pourtant ces deux comètes guyanaises (la Guyane territoire oublié) ont marché sur les crêtes de ce que l'on aime le plus jusqu'à s'y perdre. On les a entendu avec Michel Portal, Miles Davis, Jacques Thollot, François Tusques, Barney Wilen, Beb Guérin, le Black Artist Group... Dans Watch Devil Go de Jacques Thollot, "Eddy G, Always Present" a la dédicace facile à comprendre.

Photo Archives Gaumont

6.4.17

ARMAND GATTI

En novembre 2015, à Limoges pour la version intégrale de "Les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin", Armand Gatti avait, heureux, rejoint sur la scène du Théâtre de l'Union, Tony Hymas, Frédéric Pierrot et Violaine Schwartz. Retrouvailles épanouies de ses mots avec la musique 63 ans après "Oubli signal lapidé" avec Pierre Boulez. L'intuition du vocabulaire rendue possible par Armand Gatti a ouvert, parmi les arbres, une source inspiratrice où s'enlacent les traits accrus de résistance, de poésie, de leurs transformations, des reflets des sentiments sur l'histoire des hommes, de leurs combats libérateurs. À 93 ans, le poète à la vie singulière aux nuances impressionnantes d'élan, l'homme qui portait toujours, ces derniers temps, un badge de Durruti sur le revers de sa veste, vient de nous quitter.

Photo : B. Zon

2.4.17

SOUFFLE CONTINUEL



S'il nous arrive de lutter contre les souvenirs, nous sommes aussi souvent en recherche du souffle qu'ils ont pu nourrir. Pas vraiment les souvenirs en formes d'ailleurs, mais ces moments que l'on voudrait embrasser au présent, toujours. Non pour regarder derrière, ni pour être sur ses gardes, mais pour obstinément espérer trouver l'insondable balance qui ferait de demain un autre jour véritable. Le portrait de Gérard Terronès photographié par Christian Ducasse en 1990 laisse passer la lumière pour dire cet instant où tout s'ouvre, cet instant où le souffle continue, fort de son histoire, de ses sentiers aventureux, de ses désirs. Vendredi matin, 17 mars, l'indésirable flash nous fait perdre l'équilibre, la nouvelle est impossible : Gérard est parti la veille.


Le soir, à Lomme, Jazz en Nord a invité Tony Hymas et Eric Lareine pour une soirée consacrée à Léo Ferré. Avant le concert, Claude Colpaert, qui vient d'apprendre la nouvelle, s'adresse aux spectateurs pour rappeler l'importance de Gérard Terronès, dire comment l'homme au chapeau avait généreusement aidé l'association à ses débuts, à quel point il souhaitait que ce genre d'initiative prenne racine. Le pianiste d'Eric Lareine a dû annuler pour raisons familiales et Tony le remplacera. En une heure de répétition avant le repas, avec Eric Lareine, ils font connaissance, potassent la musique, les mots ; tout le monde s'adapte, construit, ce qui compte c'est le poème, les conseils du vent, la boussole, ne rien perdre du Nord. Le pianiste joue d'abord seul, puis avec le chanteur vient le temps d'une rencontre intense de libertés intérieures, de libertés de mouvements, de libertés de langage, de langages, de libertés libertaires. On y danse.  "Muß es sein, es muß sein!" Nous sommes là pour être, suivre la seule partition fondamentale : le souffle.


"La dignité d'un homme seul, ça ne s'aperçoit pas. La dignité de mille hommes, ça prend une allure de combat".  René Char (Le soleil des eaux)

Dimanche 19 mars 14h, Paris, place de la Nation, Marche pour la Justice et la Dignité. Cela fait longtemps que les Marx Brothers, fussent-ils oubliés par Lénine (Léo Ferré "Paris Je ne t'aime plus"), ne modèrent ni la forge ni le vent. Ils marchent contre la brutalité policière, contre l'oubli de ses nombreuses victimes, contre l'infernal racisme, contre les fatalités programmées de l'inhabitable ancienne maison et ses rafistolages atomiques. Ils marchent aussi pour l'essentielle justice du verbe "être". La rue fait du bien, elle rend la beauté. On ne se terre plus. On y danse. Là, une banque à la vitrine endommagée avec un graffiti "Plus belle la vitre". Les équivalences poétiques disent tout. En arrivant Place de la République, on passe devant le Dejazet, souvenir de Léo Ferré et de Gérard Terronès qui tous les deux y ont forgé, y ont soufflé, lorsque cette scène était Théâtre Libertaire de Paris. La manifestation anti-répression sera réprimée. Peine perdue et uniforme, cela fait mal certes, mais ne suffira jamais à modifier nos paysages jamais essoufflés.


Plus tard, ce même 19 mars, on file à l'Atelier du Plateau. Catherine Delaunay et ses copains Yann Karaquillo, Sandrine Le Grand, Christophe Morisset, Pierrick Hardy, Guillaume Roy, Guillaume Séguron y jouent Jusqu'au dernier souffle, suite inspirée par les lettres des soldats français au front pendant la guerre de 14-18. Ces lettres l'ont bouleversée, c'est sensible et c'est partagé. Debussy (1910) et Berg (1913) sont en tête de chapitres. S'en suivent les mots, leurs peines, leurs dépits, leurs horreurs, leur amour. Eugène à la veille de son exécution "pour l'exemple" écrit à sa femme Léonie : "Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissés exténués et désespérés. (...) Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie. Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque jʼavançais les sentiments nʼexistaient plus, la peur, lʼamour, plus rien nʼavait de sens. Il importait juste dʼaller de lʼavant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. (...) Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de lʼétat major. Tous les combattants désespèrent de lʼexistence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier nʼa pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre. Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. Jʼai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour lʼexemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus dʼobtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif dʼaider les combattants à retrouver le goût de lʼobéissance, je ne crois pas quʼils y parviendront. (...) Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahis et la France va nous sacrifier. Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle". La musique composée par Catherine Delaunay et vécue par l'orchestre corrèle, elle chante avec ses humbles petits chahuts son refus de l'émergence du mal. Sa force agit, resitue le souvenir et ses possibilités d'une multitude d'actions contre l'inadmissible.


Intermède : On se demande bien pourquoi pendant trois jours, les médias veulent nous faire croire que Chuck Berry est l'inventeur du Rock'n'Roll. Ce n'est pas le cas, ce qui ne retire rien de son talent, un moment prodigieux. Mais pourquoi diable tout sacrifier aux raccourcis saccageurs, à l'histoire de vitrine, à la gomme du détail et des relations, à la disparition d'une humanité mouvementée, riche et complexe ? Entre deux passages de l'énergique "Johnny B. Goode", ils poursuivent le forcing pour nous faire avaler la farce électorale. Ce n'est pas très marrant.

Mercredi 22 mars à Nanterre, François Robin, joueur de veuze et flibustier des sons présente, devant un parterre divers, réceptif et heureux, La Circulaire, trio l'unissant à ses amis le chanteur Sylvain Girault et le flûtiste Erwan Hamon. La circulaire appelle la respiration, la nécessité du souffle pour le son continu nécessaire à la cornemuse (la veuze étant cornemuse de la région nantaise), le bourdon en haleine, les motifs répétitifs, les variations incarnées, la mise en rythme des sentiments où s'insère la poésie et l'histoire des gens : une façon à chaque tour de rejoindre un peu plus le monde par présages miroitant. Toutes sortes de voies se dévoilent par l'essentielle attention. Là aussi on peut danser.


Jeudi 23 mars, direction le Père Lachaise pour un dernier salut à Gérard Terronès. Trois jours avant, c'était le peintre Henri Cueco qui rassemblait avant de rejoindre la terre de Corrèze. Dans le métro, ligne 2, ligne injustement décriée car on y fait de belles rencontres, un graffiti : "Mon MC favori ? Bakounine". Comme un avant-propos en arrivant au cimetière du mur des Fédérés, là où les partisans de La Commune de Paris furent fusillés et jetés dans une fosse ouverte au pied du mur par l'armée de Mac Mahon et Adolphe Thiers. Nestor Makhno et Bernard Vitet, auteur de La Guêpe, paru en 1972 chez Futura, y sont aussi. La musique est Flamenco, Gérard Terronès aimait la marque espagnole. Noel McGhie prend le premier la parole émue, évoquant l'accueil chaleureux de Gérard Terronès lors de son arrivée à Paris en 1969, ce qu'avait apporté le Gills Club, la rencontre de nouveaux camarades comme Beb Guérin et Bernard Vitet. D'autres évoquent ensuite Massy, Futura, la rue Clothaire, Marge, Futura Experience, Radio Libertaire, Le Totem, le Festival des Musiques Mutantes, le free jazz, l'unité, Jazz Unité, le swing, les étincelles, le football, la Java, les convictions, l'équilibrisme, l'indépendance, la lumière, la pénombre, l'Amérique à Paris, le partage, la vie du jazz, le jazz de la vie... Mais aussi Gérard très jeune adolescent d'Agadir, dans une préhistoire du jazz racontée par son frère Noël, en jeune rocker fasciné par James Dean et Bill Haley. Rires, applaudissements, chagrin.Tant de vies touchées par celle d'un homme, tant de vies inspirées à l'un ou l'autre moment. Moment fort de retrouvailles aussi. Beaucoup d'amitié fraternelle ce jour.

Théo et Bernard, amis disquaires chez qui Gérard Terronès - qu'ils aimaient comme un oncle - appréciait avoir ses rendez-vous, offrent ensuite un moment de partage et de réconfort nécessaires dans cet endroit au nom si bien choisi, si déterminé : Le Souffle Continu.
 

Photographies : Christian Ducasse (Gérard Terronès), B. Zon (Hymas-Lareine, Marche pour la justice et la Dignité, La circulaire), Hélène Collon (Catherine Delaunay), PG 2395 (texture Rouge et Noir)

31.3.17

BARRE PHILLIPS DEUX FOIS LE 31 MARS


Vendredi 31 mars, spécial Barre Phillips avec la sortie musicale de théâtre et de cinéma avec les publications de "No Man's Zone" (Cinénato), musique composée en 2011 par Barre Phillips et interprétée en duo avec Emilie Lesbros pour le film de Toshi Fujiwara consacré aux suites de la catastrophe de Fukushima et "La vida es sueño" (Wan+Wan), opéra improvisé en 2015 par Barre Phillips et l'ensemble EMIR (Patrice Soletti - Laurent Charles - François Rossi - Emilie Lesbros - Lionel Garcin - Emmanuel Cremer - Anna Pietsch - Charles Fichaux) d'après l'ouvrage de Pedro Calderón de la Barca.

No Man's Zone
La vida es sueño