Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

30.6.16

ZARBOTH EN LIMOUSIN

Le diable et ses systèmes
par Thierry Mazaud 

En ce début du mois de juin, les crues (providentielles pour le gouvernement envasé dans les joyeuses contestations de son État) ne font qu’une bouchée des autoroutes qui partent de la capitale vers l’essentielle Corrèze. 
Dans le camion qui les mènent vers les vertes prairies où sont élevés de manière intensive les présidents de la République, Etienne Gaillochet, Phil Reptil et Macdara Smith, les trois intrépides membres de Zarboth, bravent les éléments déchainés, jouent contre la montre (étanche) pour livrer une première tranche de leur rock instable et diluvien tard dans la nuit de Tulle. Fin du premier épisode.
Le lendemain, c’est le Magasin Général de Tarnac qui offre un coin de sa salle de bar au trio. Quelques mètres carrés significatifs quand le titre de l'album de Zarboth annonce : There’s no devils at all, it’s just the system. Epargné par les inondations, le Plateau de Millevaches va se laisser rincer par le déluge zarbothien. Comme une averse de gouttes grasses et chaudes, les riffs pleuvent drus sur nos oreilles. Etienne Gaillochet est énergique, c’est indubitable, mais il est aussi le gardien azimuté d’une certaine histoire de son instrument. La palette est vaste chez Gaillochet et sans céder un iota de sa nécessaire puissance, il montre une appétence amoureuse pour toutes les possibilités et enseignements de la batterie.

A ses côtés, Phil Reptil taille le son de Zarboth avec une intrigante économie d’effets. C’est précis, énorme et, là encore, enrichi de la culture sans frontières que le guitariste a stocké dans ses doigts depuis sa première folk.

Macdara Smith les rejoint à mi-parcours et porte d’autor Zarboth au climax, avec sa fougue et son espièglerie. La fin du set offre le caleçon de Smith (chantant « I want to be naked », il opte pour l’incarnation) à la vue de tous et une reprise d’Arno (« Putain putain ») avec juste ce qu’il faut de bordel.

Après un crochet par Vassivière (en Creuse) le vendredi, la tournée limousine de Zarboth s’achève au Café du Commerce de Treignac, endroit qui, au fil des saisons (bonnes comme basses), accueille une bonne partie des tournées montées avec l’énergie du dénuement par Kind of Belou.

Ce soir-là, le tranquille estaminet treignacois a vécu d’assauts et de générosité. Macdara Smith a fait offrande d’un court texte in french écrit dans les interstices temporels de la tournée et célébrant les charmes, absolument tous les charmes, du crû. Puis, le rappeur et trompettiste irlandais a dévoilé un slibard très roots (aucune cohérence dans le port des sous-vêtements… N’en sommes-nous pas tous un peu à ce stade ?), ce qui a fait fleurir séance tenante les téléphones mobiles en mode caméra au bout des bras.

Marqué par un pic des activités de belote nocturne, le séjour de Zarboth en Limousin a marqué durablement celles et ceux qui ont croisé sa route. 

Photos : B. Zon 

Prochains concerts :
1 juillet : Zarboth
Melrand(56), Festival La Ferme à Melrand,
2 juillet : Zarboth
Larré(56), Chez Lulu, 

22.6.16

NE LAISSE PAS ALLER, C'EST UN VALLS :
LA DRÔLE DE DANSE DE SAINT GUY

Après la manifestation interdite, la manifestation riquiquisée en forme de piège. Soyons vigilants, créatifs et solidaires de TOUTES et TOUS les manifestants. Demain 23 juin, 14h, place de la Bastille.

20.6.16

NOTRE-DAME-DES-LANDES :
NÉCESSAIRE À MUSIQUES


 Tony Hymas, Desdamona et François Corneloup en août 2013 à Notre-Dame-des-Landes

À l'heure du référendum où l'État continue ses piteuses acrobaties aériennes et autres tricheries en s'accrochant à un projet mortifère, reviennent des sons d'une lutte exemplaire contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. En bref : retour (très loin de l'exhaustivité et seulement vu de notre lucarne) sur quelques moments de musiques, langages d'une débrouillarde, attractive et précieuse façon d'envisager le monde, de le sauver peut-être. 

La musique a toujours été sur la Zad et pas seulement sur la Zad, une partie du langage joyeux et créatif dans la lutte, puissante et enracinée, contre la construction du nuisible aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ce qui frappe dans cette vivante contestation, c’est sa place prépondérante qui non seulement l’accompagne, mais la raconte aussi. Comme le résume le chanteur Sylvain Giro : « Un lien fort avec les musiques traditionnelles locales, le chant à répondre en français, le chant dans la ronde. Sur chaque manifestation, chaque rassemblement, ça danse la ridée, le pilé menu... Et sans forcément de meneur ou de choses très préparées. On retrouve le lien d'une culture populaire forte, inscrite dans la vie des gens ». Que ce soit lors d’une fête de soutien, d’une manifestation ou lors d’échauffourées avec les gendarmes, il y a toujours quelqu’un qui chante, qui joue de l’accordéon, du violon, du saxophone, de la cornemuse, des tambours… Au plus fort des affrontements en novembre 2012, les gens dansaient la ridée en chantant, il y avait aussi des batucadas qui persistaient à jouer au milieu des arbres dans les nuages de gaz lacrymogènes et dans l’écho des tirs de grenades assourdissantes dans la forêt, ce qui semblait perturber les pandores plus que les cailloux. Extraordinaire ! Le rythme de la vie, un moment libre (1).

Dans cette époque où la musique est réduite le plus souvent à un simple accompagnement de consommation, ce qui touche aussi à Notre-Dame-des-Landes, c’est d’y retrouver de plein vent ce qui nous a toujours saisis dans la musique (que ce soit dans les chansons de la Commune, chez Belà Bartok, Jo Jones, Woody Guthrie, Robert Johnson, Billie Holiday, Jimi Hendrix, John Coltrane, Aretha Franklin ou Evan Parker), de retrouver là ce sentiment de sa place centrale dans le récit, de la sentir dans l’histoire et pour l’histoire. Une fin d’après-midi sur la Zad, une jeune fille assise sur le toit d’une cabane jouait au saxophone alto « Jackie Ing » de Thelonius Monk. L’entendre ouvrait la petite porte d'une réconciliation intérieure.

Depuis le premier Camp Action Climat en 2009, il y a eu de nombreux rassemblements avec force musiques. Exemples marquants, mais pas uniques dans ce foisonnement inventif, en janvier 2013 l’incroyable Festizad dans une boue généreuse avec une quarantaine de groupes de ska, reggae, funk, punk, jazz manouche, électro ou hip hop comme Keny Arkana, ou les grands rassemblements estivaux de 2013, 2014 et 2015 où l’on a pu écouter Hamon Martin Quintet, Sylvain Giro, Timothée le Net quintet, la Compagnie Lubat, Fantazio, Les Trompettes du Mozambique, Startijenn, Gnawa Diffusion, Les Ramoneurs de Menhir, Ursus Minor avec Desdamona, Ewen Delahaye Favennec, Tryo, Tony Hymas, Jacky Molard Quartet, Lo'Jo, Sanseverino, Lo Cor de la Plana, Parabellum, Pigalle, Orchestre tout puissant Marcel Duchamp, André Minvielle, Bred Irie, Les Têtes raides, François Corneloup et le Peuple Étincelle pour n’en citer que quelques-uns. Il est aussi moult visites surprises comme celle d’Emily Loizeau chantant dans la grange de La vache rit en décembre 2012 après avoir envoyé sa carte d’électrice déchirée à François Hollande.

La lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a la particularité effective de rassembler des gens en apparence très différents : paysans, militants d’organisations diverses, zadistes (qui représentent eux et elles-mêmes de multiples entités)… Il en va de même pour ses musiques. De l’entrain illimité de Dominique Loquais, empreint du temps du Larzac, à la rage toute bretonne des Ramoneurs de menhirs, nombreux sont celles et ceux qui ont inclus Notre-Dame-des-Landes dans leur répertoire : Bred’ Irie, Ewen-Delahaye Favennec, Beat Bouet Trio, Rozenn Talec, La parisienne libérée, Ursus Minor avec Desdamona ("Zad Song")… Et puis aussi tout simplement, la musique constante des habitants ou encore celle des oiseaux, du vent ou de la pluie.

Il y a bien sûr la chanson « Notre-dame-des-oiseaux de fer » du Hamon Martin quintet (paroles de Sylvain Giro) créée en 2009 (2). Sylvain Giro : "En 2008, le Hamon Martin Quintet m'a demandé l'écriture d'un texte de chanson évoquant le combat contre l'aéroport Notre-Dame-des-Landes. Nous sommes donc quatre ans avant les événements de l'automne 2012. Le Hamon-Martin Quintet était engagé déjà depuis un moment dans la lutte jouant régulièrement dans des fest-noz ayant pour but de récolter de l'argent pour l'ACIPA. Pour ma part, j'y étais aussi fortement opposé depuis longtemps. J'habite à 2km du début de la ZAD depuis 2003. Ils ont pris le texte tel que je l'avais écrit. Et nous l'avons même chanté pour la première fois à un rassemblement estival anti-aéroport au lieu-dit la Rolandière en août 2009. À l'époque, la musique n'était même pas terminée. Ensuite le Hamon-Martin Quintet l'a enregistrée sur son album Du silence et du temps sorti chez Coop Breizh en 2010. La chanson a tout de suite rencontré un bel écho. Mais elle a vraiment commencé à prendre son envol au moment des événements de l'automne 2012. Depuis elle circule partout, sans qu'aucun média national ne la relaye. C'est ce qui est beau. J'ai écrit ce texte pour qu'il soit chanté par Mathieu Hamon, chanteur du Hamon Martin Quintet et lui-même paysan au Dresny, commune de Plessé, Loire-Atlantique. C'est pourquoi il y a la phrase "on veut cultiver nos terres". N'étant pas paysan moi-même, je ne l'aurais pas écrite de la même façon si je me l'étais destinée... J'ai orienté à dessein le texte vers le thème de la nature, de la biodiversité et des paysans vivant sur ces terres depuis des décennies. Ce n'est donc pas un texte qui a vocation à embrasser toutes les questions soulevées par ce projet (la démocratie, la proximité entre les lobbys du BTP et des spéculateurs fonciers et les décideurs publics, les questions d'emploi...). Tout en lui conservant un caractère combatif, j'ai essayé de lui donner une dimension poétique, afin qu'il ne soit pas trop "premier degré". Je voulais évoquer la beauté, la spiritualité même que m'évoquent les chemins du bocage, sur lesquels je me promène souvent. Je trouve que ce texte a à la fois quelque chose de doux et de violent."

Reprise constamment dans les manifestations, elle a rejoint l'épais livre des grandes chansons populaires, celles qui disent en même temps l'entrain, la peine et la lutte pour la dignité humaine. Tony Hymas en l’entendant en 2012 l’a illico inscrite au programme de son trio avec Chris Bates et JT Bates (3) comme version instrumentale puis à celui d’Ursus Minor dont c’est désormais un thème fétiche et qui vient de l’enregistrer pour son prochain disque. Janick Martin (accordéoniste de Hamon Martin quintet) avait d'ailleurs joué avec Tony Hymas dans De l’origine du Monde en 2010, disque dédié à Gustave Courbet et la Commune de Paris. Le hasard a ses objectifs. Une version récente de la chanson associe Mathieu Hamon, Sylvain GirO à Bertrand Cantat, Emily Loizeau, Marthe Vassallo, Delphine Coutant, Ana Igluka, Mouss et Hakim, Sanseverino, André Minvielle. (4)

Hamon Martin a réalisé en 2014 un nouvel album,  Les vies que l’on mène (5) (photographie de couverture par Laurent Lebot représentant une des splendides constructions sauvages de la Zad), avec deux nouveaux thèmes consacrés à la lutte anti-aéroport « Le bal des gendarmes » et « Zim zoum zad ». Sylvain Giro, leur parolier est également l’auteur d’un album publié fin 2014, Le lac d’Eugénie, qui, s’il ne fait pas, par les mots, directe référence à Notre-Dame-des-Landes,  en est totalement imprégné (jusqu’aux photographies du livret par Val K). La chanson « Le jeune homme » s’envisage à Notre-Dame-des-Landes autant qu'à Calais. Sortie au moment où Rémi Fraisse était tué à Sivens, « Le jeune homme » prenait à ce moment-là une saisissante incarnation.

Timothée Le Net est avec son compère Maël Lhopiteau membre du Bénéfice du doute. Notre-Dame-des-Landes fait partie de leur respiration : « J’entendais causer, entre autres, du projet absurde. Des amis musiciens allaient déjà jouer depuis un temps en soutien aux opposants. À l’automne 2012, mon ami Stéphane Cattaneo m’a donné l’occasion d’aller « voir » la vie sur la Zad, «sentir» l’effervescence d’une lumineuse petite fourmilière, «savoir» ce couple de personnes âgées, larmes aux yeux, à côté des gravas de sa maison, occupé à ramasser les quelques légumes qui n’ont pas été souillés au pétrole par les gendarmes. Puis, des rencontres, réunions, manifestations, occupations, de la colère, de l’entraide, de la motivation, réoccupations, des ras-le-bol, affrontements, concerts, reconstructions, recours, désaccords… Mais toujours un optimisme, un espoir, une poésie nécessaire, évidente. L’ « ensemble », ici, brise les jugements et sublime les singularités. Cigales et fourmis réinventent la nature humaine, jouent des petits riens qui font les grands tout, et tournent le dos aux idiots corrompus et leur présent dépassé. Des musiciens jouent sur la Zad. J’ai d’ailleurs eu cette chance d’ouvrir le beau rassemblement en août 2013, avec mon propre Quintet. Mais de plus en plus, la Zad sème ses graines partout ailleurs, et notamment lors de concerts et sur de nombreux enregistrements. C’est ainsi que Mael Lhopiteau et moi-même (Le bénéfice du doute) avons enregistré « Notre Dame des landes indociles », pièce aux couleurs des landes de Rohanne. Source d’inspiration rassurante, de rencontres évidentes, la Zad de Notre-Dame-des-Landes m’accompagne, nous accompagne souvent dans l’écriture d’un monde plus vraisemblable. »


Notes :

(1) À Notre Dame des Landes, bataille pour la vie
(2) "Notre Dame des Oiseaux de Fer" par Hamon Martin Quintet (Sur FR3)
(3) "Notre Dame des Oiseaux de Fer" par Tony Hymas and The Bates Brothers
(4) "Notre Dame des Oiseaux de Fer" par Mathieu Hamon, Sylvain GirO, Bertrand Cantat, Emily Loizeau, Marthe Vassallo, Delphine Coutant, Ana Igluka, Mouss et Hakim, Sanseverino, André Minvielle
(5) Rémi Fraisse : Les vies que l'on mène  sur le Glob 
•  Articles consacrés ou faisant référence à Notre-Dame-des- Landes sur le Glob

Catalogue maison :
Le bénéfice du doute : Le bénéfice du doute
Sylvain GirO : Le lac d'Eugénie
À paraître : Ursus Minor (4ème album, avec "Notre-Dame-des Oiseaux de Fer" et "Zad Song")

Les disques d'Hamon Martin Quintet sont produits et diffusés par Coop Breizh


Photo : B. Zon

17.6.16

LE JEU DES 7 DIFFÉRENCES

Dépêchez vous de jouer avant qu'elles ne disparaissent.

12.6.16

L'URNE CHANTE

Les élections de 2017 sont avancées et les urnes du trio Hollande-Valls-Cazeneuve sont pleines


Photo : B. Zon

9.6.16

PHARMACIE

Disponible sur ordonnance gouvernementale (prescription 49-3), le médicament qui fait fureur dans les ministères, les préfectures, à l'Elysée, au Medef et autres officines du capital :






6.6.16

ALI


"L'homme qui n'a pas d'imagination n'a pas d'ailes."
Mohammed Ali


Photo X pour Cassius X.