Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

27.2.13

10 ANS D'URSUS MINOR

Alors que se prépare la tournée d'Ursus Minor printemps 2013 à l'occasion des dix ans du groupe ou inversement, petit rappel du calendrier du groupe avec ses changements internes, ses invités, son parcours depuis la création de l'ensemble à Sons d'Hiver jusqu'à la soirée pour saluer Howard Zinn en 2012 aux mêmes Sons d'Hiver. Une autre façon de raconter l'histoire


Illustrations de couverture : 
Andy Singer, Mattotti, Tardi, Ivan Brun
Graphisme : Marianne Trintzius 




CONCERTS D'URSUS MINOR DE 2003 à 2012 (Y étiez-vous ?)

2003

Ursus Minor avec Boots Riley, M1 (Dead Prez), Umi (Dead Prez), Ada Dyer, D’ de Kabal, Spike et Jeff Beck

Tony Hymas
Jef Lee Johnson
François Corneloup
David King
Boots Riley
M1 (Dead Prez)
Umi (Dead Prez)
Ada Dyer
D’ de Kabal
Spike
Jeff Beck

• 18 janvier : Villejuif (Théâtre Romain Rolland - Sons d'hiver)
• 19 janvier : Villejuif (Théâtre Romain Rolland - Sons d'hiver)

2004

Ursus Minor 

Tony Hymas
Jef Lee Johnson
François Corneloup
David King

• 24 janvier : Fontenay-Sous-Bois (Salle Jacques Brel - Sons d'hiver)
• 20 novembre : Minneapolis (Subburban World - Festival Minnesota sur Seine)

Sortie de " Zugzwang" premier album du groupe avec
Tony Hymas, Jef Lee Johnson, François Corneloup, David King et
Boots Riley, M1 (Dead Prez), Umi (Dead Prez), Ada Dyer, D’ de Kabal, Spike, Jeff Beck et
Régis Huby, Irène Lecoq, Guillaume Roy, Sarah Veilhan, Monica Brett-Crowther

2005

Ursus Minor 

Tony Hymas
Jef Lee Johnson
François Corneloup
Stokley Williams

• 1er mai : Le Mans (Abbaye de L’Epau - Europa Jazz Festival)
• 8 juillet : Paris (Sunset)
• 9 juillet : Paris (Sunset)
• 10 juillet : Luz-Saint-Sauveur (festival)

Ursus Minor avec Brother Ali, Eyedea, D’ de Kabal et Spike

Tony Hymas
Jef Lee Johnson
François Corneloup
Stokley Williams
Brother Ali
Eyedea
D' de Kabal
Spike

• 15 octobre : Minneapolis (Triple Rock - Festival Minnesota sur Seine)

Ursus Minor 

Tony Hymas
Jef Lee Johnson
François Corneloup
Simon Goubert

• 23 novembre : Lyon (Agapes)

Ursus Minor 

Tony Hymas
Jef Lee Johnson
François Corneloup
Stokley Williams

• 25 novembre : Avignon (Ajmi)
• 26 novembre : Montluçon (Guingois)
• 28 novembre : Tours (Petit Faucheux), Master Class
• 29 novembre : Tours (Petit Faucheux)
• 30 novembre : Poitiers (Carré Bleu)
• 1 décembre : Nantes (Pannonica)
• 2 décembre : Brest (Vauban)
• 3 décembre : Lorient (Le Manège)
• 4 décembre : Langonnet (La Grande Boutique)
• 9 décembre : Argenteuil (Centre Culturel)

Sortie de " Coup de sang " musique du film de Jean Marboeuf avec
Tony Hymas, Jef Lee Johnson, François Corneloup, Stokley Williams et
Marie-Christine Barrault

2006

Ursus Minor avec Brother Ali

Tony Hymas
Jef Lee Johnson
François Corneloup
Stokley Williams
Brother Ali

• 14 janvier : Fontenay-Sous-Bois (Sons d'hiver)

Ursus Minor 

Tony Hymas
Jef Lee Johnson
François Corneloup
Stokley Williams

• 9 mai : Paris (Sunset)
• 10 mai : Angers (Théâtre Chanzy)
• 17 août : Villandrault (Uzeste Musical)
• 18 août : Villandrault (Uzeste Musical) avec le Délibération Orchestra
Uzeste (L’Estaminet) avec Bernard Lubat, Fabrice Viera, Yves Carbonne
• 20 août : Treignac (Kind of Belou)

Sortie de " Nucular" second album du groupe avec
Tony Hymas, Jef Lee Johnson, François Corneloup, Stokley Williams et
Brother Ali

Ursus Minor avec Brother Ali

Tony Hymas
Jef Lee Johnson
François Corneloup
Stokley Williams
Brother Ali

• 8 septembre : Paris (Cité de la Musique – Jazz à la Villette)
• 19 octobre : Minneapolis (Fine Line – Minnesota sur Seine) avec Umar Bin Hassan

2008

Ursus Minor

Tony Hymas
Jef Lee Johnson
François Corneloup
Stokley Williams

• 22 mai : Minneapolis (Triple Rock – Minnesota sur Seine) avec La Rumeur
• 15 juillet : Angers (Cloître Toussaint – Festival Angers l’été)
• 16 juillet : Paris (Studio de l’Ermitage)
• 17 juillet : Châlons-en-Champagne (Place Foch – Festival des Musiques d’Ici et d’Ailleurs)

2009

Ursus Minor

Tony Hymas
Mike Scott
François Corneloup
Stokley Williams

• 5 mai : Strasbourg (Pôle Sud)
• 7 mai : Paris (Studio de l’Ermitage)

2010

Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona

Tony Hymas
Mike Scott
François Corneloup
Stokley Williams
Boots Riley
Desdamona

• 13 février : Fontenay-Sous-Bois (Sons d'hiver)

Ursus Minor 

Tony Hymas
Mike Scott
François Corneloup
Stokley Williams

• 25 juillet : Saint Paul - Minnesota (Black Dog Block Party) avec Eyedea, Desdamona, Kristoff Krane

Sortie de " I will not take 'but' for an answer " troisième album du groupe avec
Tony Hymas, Mike Scott, François Corneloup, Stokley Williams et
Boots Riley, Desdamona 

Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona

Tony Hymas
Mike Scott
François Corneloup
Stokley Williams
Boots Riley
Desdamona

• 11 octobre : Bordeaux (Le Rocher de Palmer) master class
• 12 octobre : Bordeaux (Le Rocher de Palmer)
• 13 octobre : Poitiers (Le Carré Bleu)
• 14 octobre : Paris (Fnac Montparnasse) Showcase
• 15 octobre : Paris (Studio de l’Ermitage)
• 16 octobre : Saint-Martin-des-Champs (Espace du Roudour)
• 17 octobre : Carhaix (Espace Glenmor)
• 18 octobre : Carhaix ( Lycée Paul Sérusier), Langonnet (La Grande Boutique) et St Paul de Léon (Lycée) ateliers
• 19 octobre : Brest (Vauban), Brest (Collège des 4 Moulins) ateliers
• 20 octobre : Brest (Le Vauban)
• 21 octobre : Rennes (Ubu)

2011

Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona
Tony Hymas
Mike Scott
François Corneloup
Quebec Jackson
Boots Riley
Desdamona

• 12 août : Luxey (Musicalarue)
• 13 août : La Tour d’Aigues (Ajmi)

Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona
Tony Hymas
Mike Scott
François Corneloup
Stokley Williams
Boots Riley
Desdamona

• 19 novembre : Reims (Djaz51)
• 21 novembre : Saint-Nazaire (VIP) Rappel avec Ezra Brown
• 22 novembre : Saint-Brieuc (La Passerelle)
• 23 novembre : Paris (Le New Morning)
• 26 novembre : Gennevilliers (Le Tamanoir) Rappel avec Moon
• 29 novembre : Limoges (Centre culturel Jean Gagnant)

2012

Ursus Minor & more

Tony Hymas
Mike Scott
François Corneloup
Stokley Williams
Boots Riley
Desdamona
Ada Dyer
Mahmoud El Kati

• 11 février : Vitry-sur-Seine (Théâtre Jean Vilar - Sons d'Hiver) Rappel avec Carnage the Executioner, La Rumeur, Moon, Mehdi

21.2.13

KEVIN AYERS : LE TRAIN DU TEMPS



Sur la cour de récré, il y en avait bien deux ou trois qui se fringuaient comme lui, qui se coiffaient comme lui. Look smart. Nous sommes quelques uns pour qui l'écoute de Kevin Ayers et de son Whole World fût d'un apport extravagant. On y découvrait Lol Coxhill par exemple, Archie Leggett, David Bedford ou Mike Oldfield. Leurs apparitions à Pop 2 ou à Rockenstock excitaient notre monde. Kevin Ayers résida dans la première Machine Molle (il figure sur le Volume one de Soft Machine dont il est un des créateurs) et réalisa en 1969 un petit bijou intitulé Joy of a toy. Jimi Hendrix l'aimait beaucoup et s'inquiétait déjà du fait qu'il souhaitait espacer son rapport à la musique, ou plus exactement à son monde, ce qu'il fit souvent. Il est mort hier.

En 2007, je l'avais rencontré lors d'une interview pour la revue Musiq à l'occasion de la sortie de The Unfairground :

KEVIN AYERS : LE TRAIN DU TEMPS

LE GRAND EVEIL

« Ca commence par une bénédiction et ça se termine par un juron ; faisant la vie plus facile en la rendant pire » chante Kevin Ayers en 1968 dans « Why are we sleeping ? » hymne du premier album de Soft Machine. Il poursuit « Maintenant tout le monde crie : foutez le camp de mes rêves ! ». 39 ans plus tard dans « Wide Awake » titre de propriété du tout neuf The Unfairground l’embrouille se dépatouille : « Une autre nuit sans sommeil, besoin de pleurer, mais les larmes ne viennent plus » et enfin : « L’amour est ce qui nous tire et nous maintient éveillés ». Cette parution semble avoir été réglée par un lapin carollien se hâtant lentement de remettre les pendules à l’heure.  « The Unfairground reflète l’état de ma vie à 63 ans. Plus le temps s’écoule, plus votre expérience diminue. Jeune, vous êtes gorgés d’amour, de haine et de colère et ça vous pousse. J’ai choisi une vie recluse dans un petit village du sud-ouest de la France où je ne vois pas grand monde. La présence de ma compagne américaine qui a partagé  pendant quelque temps cette vie m’a motivé pour écrire. L’amour vous éveille à  la vie et quand il s’éteint, vous vous rendormez. Nous essayons tous d’écrire nos rêves, mais le matin ils sont évaporés. Avec un peu chance, dans la journée vous pouvez les recréer. ».

DIRECTION LES ÎLES

Dandy insaisissable ou habitant d’un songe, Kevin Ayers, fondateur de Soft Machine déserté après la première tournée US en 1968 pour cause de besoin de vacances perpétuelles ponctuées de traits musicaux aussi rares que bien sentis (Joy of a Toy, Shooting at the Moon et autres perles) trouve plus simple de créer son propre monde (son Whole World) sans oublier qu’il avait à vivre : « J’ai détesté le music business dès le début. J’exécrais ces réceptions inutiles où l’on vous pressait : ‘Il faut parler à untel et untel’. Je me voyais mieux plongeant dans la mer des Caraïbes. Et comme physiquement, il est préférable d’être  jeune pour le faire, pourquoi attendre de vieillir. La célébrité ne m’a jamais motivé. Je souhaitais juste communiquer avec les autres et je voyais mes chansons comme un moyen de suggérer, surtout pas d’imposer dogmatiquement. (..) J’ai eu une période intense où je lisais tous les gens qui questionnaient le monde, Voltaire, Anatole France et des tas d’autres, je me faisais ensuite mes propres idées. Mes copains de Canterbury, pareil !  Soft Machine est né de ça. On refusait ce que disaient les parents ou le gouvernement. Ce n’était pas un point de vue politique mais un besoin absolu de connaissance ».

LA PART DU HASARD

« Être intense, c’est refuser d’être dans la course. Faire un disque c’est encore être sur une île déserte ». The Unfairground surgit d’une mer de quinze années d’absence. L’objet est motivé par le peintre Timothy Shepard : « Je l’ai rencontré près d’où j’habite en France. Il m’a invité chez lui à Londres. Il a exprimé son désir de faire un disque avec moi, a trouvé l’argent les musiciens et tout ce qu’il fallait. C’est assez inhabituel de voir un l’artiste qui fait la couverture de votre disque devenir votre manager ». Le contenu s’impose : « J’ai jeté beaucoup de chansons qui se lamentaient sur mon sort. Cet album aux paroles abstraites affirme aussi que je suis bien là. La musique est pour moi une des choses les plus tactiles. Elle  vous frappe, plus que les livres ou la peinture. Il y a des chansons ‘Bonjour l’amour’ et des chansons ‘Au revoir l’amour’. L’unité du disque vient du fait que nous avons commencé avec le groupe Ladybug Transistor, qui aime à  reprendre parfois mes chansons, que Timothy m’a présenté et puis nous avons ajouté les choses petit à petit. J’arrive avec mes chansons avec des idées précises pour les endroits à préciser, mais je laisse les invités s’arranger de ces endroits avec leur propre créativité ». L’exilé volontaire n’entretient aucune nostalgie et ne croise que très rarement ses anciens amis, mais le hasard sait se montrer objectif : « Tout le monde a eu l’air d’être apparu par magie dans ce disque. Lorsque je travaillais avec Phil Manzanera, Hugh Hopper était en bas et Robert Wyatt  réalisait son prochain disque dans un autre studio. Cela faisait 30 ans que je n’avais pas revu Robert ». Le hasard n’aurait objectivement pas terminé son travail s’il n’avait aidé l’éclosion d’une citation aussi furtive que signifiante : « Les musiciens ont joué la suite d’accord de Friends and Strangers d’une façon qui a  fait surgir le début de I’m the Walrus. Je ne l’avais pas voulu ainsi, mais ça m’a plu et on l’a laissé : un petit hommage à l’auteur que j’estimais beaucoup ».

                                Jean Rochard (Propos recueillis le 19 septembre 2007)







19.2.13

JOËLLE LÉANDRE, BENOÎT DELBECQ, CARNAGE THE EXECUTIONER
AU THÉÂTRE DUNOIS

Silences traversés des Mondes et des Anges * 

Photographie : Leda Le Querrec 
* Arthur Rimbaud

Théâtre Dunois le 18 février 2013

14.2.13

LE TEMPS DES FRESQUES
ET CELUI DES ASSASSINS



On restaure des fresques d'il y a 2000 ans,

On détruit les fresques du présent,

On anéanti les fresques du futur.




Photo : B. Zon

FEU L'EMPLOI

À Nantes, cité d'avenir où, au dessus des lois naturelles, les puissants s'autorisent même à déplacer les aéroports, un chômeur s'est immolé par le feu hier avec détermination (il avait prévenu et a déjoué les dispositifs pour l'en empêcher) devant une agence Pôle Emploi. Il avait été signifié à ce chômeur en fin de droit qu'il devrait rembourser ses allocations puisque ses heures travaillées ne lui ouvraient pas de droits d'indemnisation. Les commentateurs, spécialistes du commentaire brûlant, vont bon train, décrivant l'homme , "un algérien de 42 ans avec un titre de séjour de dix ans", comme "froid". Les cols blancs sortent leurs larmes de crocodiles six mois après un suicide similaire à Mantes-La-Jolie. Un ministre nous apprend que "tout a été fait pour empêcher le drame". Vraiment ? TOUT ! Vous êtes sûr ? On dit même le chômeur "banal". L'information "normale", les politiciens "normaux", relèvent donc l'existence d'êtres banals. Sans doute des gens avec des souffrances ordinaires, celles pour lesquelles on se tue. Des idées prosaïques partagées par de vulgaires fauchés prêts pour la grande faucheuse. L'information suivante, c'est le voyage du Cardinal de Zero Land en voyage en Inde avec "une valise pleine de patrons" (France Inter 14/02/13). Les pauvres ne paieront jamais assez, ils ne rembourseront jamais assez le droit qu'il leur est parfois accordé de travailler. Quel est la côte de l'action de la désespérance ?

11.2.13

HYMAS & THE BATES BROTHERS
À SONS D'HIVER LE 5 FÉVRIER
PAR OLIVIER GASNIER

Tony Hymas – en compagnie des frères Bates – avait marqué l’année passée avec le troisième enregistrement en trio de sa pourtant riche carrière, « Blue Door », modèle du genre et en passe de devenir une référence. Cette perle, bâtie sur la complicité – celle du trio, de la fratrie rythmique et plus encore de la fratrie d’âmes et de cœurs -, n’en finit pas de révéler ses multiples éclats au fil du temps. Force mélodique des compositions, articulation du discours « impro-composé », et foisonnement des idées auraient même tendance à faire oublier la virtuosité du pianiste, une virtuosité indéniable, jamais gratuite, et à souligner tant le talent de Hymas est grand à en faire un discret outil de transmission de sens et d’émotions, c’est-à-dire toujours au service de la musique.

 Aussi, pour les connaisseurs de l’album, ce fut sans doute avec une sorte d’impatience sereine qu’ils purent avoir envie d’écouter le trio sur scène - ce 5 février dans le cadre du festival Sons d’hiver, fidèle compagnon d’aventures de Tony Hymas -, pour mieux éprouver les sensations rencontrées au disque. Pour les autres, l’occasion fut non moins belle de découvrir et rencontrer ce trio hors-pair (!), et de constater, en faisant connaissance avec ces musiciens, anglais pour l’un, américains pour les autres, que le talent n’avait point besoin de grande notoriété pour s’exprimer pleinement et donner autant, sinon davantage, de plaisir.

Le pianiste fit preuve d’une inspiration particulièrement réjouissante tant par l’aisance dans l’expression de ses idées que par le plaisir, très communicatif, qu’il a paru y trouver – et son jeu entre main droite et main gauche demeure toujours aussi envoutant qu’impressionnant. Quant à la fameuse section rythmique de la formule du trio jazz, celle composée par Chris et JT Bates, respectivement contrebassiste et batteur, si elle bénéficie certainement des liens de sang qui l’unisse, ceux-ci ne seraient pas suffisants pour faire d’elle une rythmique non seulement digne de ce nom mais également à la hauteur du niveau du discours du pianiste, c’est-à-dire tout autant capable de répondre aux propositions de ce dernier que de le stimuler à aller explorer des sentiers peut-être pas inconnus – l’homme est de grande(s) expérience(s) - mais probablement peu ou moins battus. Et c’est sans doute l’alliance de deux personnalités complémentaires, différentes bien que proches, qui permet cette heureuse alchimie au sein du trio, le contrebassiste faisant montre de respect et de connaissance de la tradition tout en étant capable de subtiles digressions, tandis que le batteur, tout en s’appuyant sur l’histoire de l’instrument, apporte à son jeu, et ce faisant à la musique, une diversité d’influences dépassant le cadre déjà large du jazz, et s’abreuvant aussi bien au rock, qu’à la country, au folk ou encore au blues – ainsi du groove imparable sur « The way back home ».

Avoir pu profiter, et partager avec ces musiciens une bonne partie du répertoire enregistré pour « Blue Door », tout en étant confronté à de nouvelles surprises via d’autres thèmes, fera certainement de ce moment émouvant, où l'on jubila aussi, un souvenir vif et enthousiaste, précieux pour garder force et esprit aux aguets dans le monde tel qu’il va.

Olivier Gasnier

Photo : © Didier Adam

Remerciements chaleureux à Fabien, Leda, Armelle, Nathalie, Valérie, Claude, Jacques et les équipes de Sons d'Hiver et de l'Espace Jean Vilar à Arcueil

Sur le Glob : Dansons avec JT Bates et Stokley Williams

10.2.13

JT BATES DRUMS THE BLUES
LES ÉVADÉS DE LA NUIT


"Les évadés de la nuit" est le titre d'un blues composé par Tony Hymas. Son titre ne ment pas, ce morceau s'est évadé à plusieurs reprises pour finalement trouver refuge chez Hymas & the Bates Brothers. Là, il peut s'abandonner à son véritable flux poétique. À l'Ajmi d'Avignon, à l'Espace Jean Vilar d'Arcueil pour Sons d'Hiver, au Rochois de la Roche Bernard, Tony Hymas, Chris Bates et JT Bates - trois hommes, trois lieux, trois concerts - ont offert trois vues d'évasions. Arrêtons-nous un instant sur un des éléments de ces interprétations, on pourrait dire de ces "décisions" : la batterie de JT Bates. Impossible de saisir pleinement le blues si le batteur n'en n'offre pas la réalité énigmatique, les traits fulminants. Avec JT c'est éclatant. Derrière ses fûts, cymbales et peaux, il estime la longueur des foulées qui permettent le dessein, étanche l'angoisse, accentue doucement la gravité en appelant les profondeurs du présent si liées à leurs sœurs du passé, relève les points d'échappées pour les trois hommes, les passages vers le monde libre. La frappe précise cette évocation entrelacée avec la ligne mélodique d'un chant amoureux. Grâce à la batterie de JT Bates, "Les évadés de la nuit" apparaissent comme un lieu de secrets, d'ombres et d'enfances, ils protègent leurs eaux vives. Nous partons.

Photo : B. zon
Les évadés de la nuit in Blue Door
Hymas & The Bates Brothers à la Roche Bernard par Cattaneo

JT Bates sera l'invité (avec Antonin-Tri Hoang, Nicole Mitchell etc.) de Tortoise à Sons d'hiver le 23 février à Créteil

9.2.13

LES BIJOUX DE BÉNOU


Il existe des traces de création de bijoux aussi lointaines que celles des premières expressions de l'homme (dessin, musique). Les bijoux ont toutes sortes de fonctions, habiles décorations d'objets utilitaires (boutons, attaches, chaînes, clés, piques, épingles, zips, pommeaux...) marques de passage de certaines cérémonies sociales, signes d'appartenance à des groupes, aidant même - ceux qui y croient et seulement ceux-ci- à une communication avec les esprits. Ils se font généreusement transmetteurs de souvenirs, de nostalgies ou d'indices affectifs et mieux encore affinent le désir. Là, loin des Castafiore, ils rejoignent avec délice "les fleurs du mal".

Mieux que l'or ou les diamants - trop facilement bêtement accaparés par les puissants, rois, reines papes et autres rombières incapables de saisir les subtilités de tels objets et d'y signifier autre chose qu'une valeur d'apparat - il existe le verre. De toutes les matières à bijoux, c'est celui qu'on préfère car il est la traduction exacte de l'élévation  du minéral vers la lumière.

Lorsque, de passage à La Roche Bernard, après avoir pris un verre au Rochois (où vous aurez reconnu quelques toiles de Cattaneo), vous vous enfilez instinctivement dans la petite rue de la Saulnerie (car ayant écouté le disque de Timothée le Net L'horloge ivre, vous aviez été ravis par le titre du même nom), vous vous arrêterez immanquablement dans la petite boutique nommée "Bénou Perlière". Bénou est l'une de ces personnes qui font de la Roche Bernard cet endroit si vivant et un brin magique. Elle fît partie du gang qui organisa le venue de Hymas & the Bates Brothers au Rochois, chez Hélène, un beau jour de février. Ses perles de verre, créations qui méritent l'appellation des anciens "larmes d'Aphrodite", forment autant de relais de cœur, de prélèvements subtils d'un grand poème où le feu et l'eau se lovent. Les bijoux ne sont pas pour les reines. Les véritables reines, ce sont leurs ouvrières dotées d'une incroyable capacité à éveiller les rythmes de toutes sortes de compléments, de toutes sortes de contraires. Dans cette citée viking de Haute Bretagne, Bénou sait avec ses bijoux, figurer le temps heureux.

Le site de l'atelier de Bénou

Hymas & the Bates Brothers à la Roche Bernard par Cattaneo

Photo de Bénou avec Cattaneo : B. Zon

6.2.13

ANOTHER KIND OF WHITE // FRAME #1
PAR GUILLAUME SÉGURON


Another Kind of White // Frame#1


J’ai depuis plusieurs jours un cadre blanc sous les yeux.
Je le vois, posé là, devant moi, sur un tabouret à côté de la fenêtre.

Comme un miroir translucide mon regard traverse son opacité et cherche dans sa perspective vide ce que je pourrai bien y voir.
Il guide mes yeux lorsque, comme ce matin, je travaille la mécanique des doigts.

Il n’est pas vraiment blanc, un peu jaune par endroit.
Un vieux blanc qui se souvient.
Le souvenir de la sève.
Malgré les couches, la résurgence de cette nature profonde.
Cette essence qui nous oblige à une mémoire de la nature.

Difficile d’oublier que l’on a été un arbre, une foret.
La jungle.
Et qu’avec elle nous parvenait d’éternelles promesses de vie.

Je ne sais quant il prendra pleinement sa fonction de cadre.
Que peut devenir un cadre lorsque tout ce qui passe, se passe est hors-champ ?
Hors du cadre ?
En dehors du cadre.
L’extérieur qui s’invite et prend pleinement sa place.
En dehors de certains cadres.
Même ceux imposés par la vie elle-même.
La vie est-elle un cadre ?
Que cadre-t-elle ?

Il est là.
Toujours.

J’aime bien qu’il soit vide.
Est-ce que les peintures blanches de Robert Ryman sont vides ?
Est-ce que la mémoire est blanche ?
Est-ce que le silence est blanc ?
Qu’est-ce qu’un son blanc ?
Peut-on être pur et ne pas être blanc ?
Qui n’est pas blanc ?
Est-ce que le blanc est pur ?
Qui est l’impur ?
Peut-on être impur et blanc ?

Mécanique des doigts.
Mécanique de la pensée contre le blanc de l’esprit.
L’esprit est-il blanc ?

J’aime ces objets sans fonction qui me regardent de leurs grands yeux étonnés de mon ignorance.
Souvenir de Marcel D, de Francis P, amis d’Erik S ?
Ce cadre n’est pourtant pas un Ready-made, je préfère les totems.
Ces autres souvenirs des arbres.

Je ne sais pas ce qu’il va finir par encadré, mais le moment venu mon choix sera le sien.
Il invitera celle ou celui qu’il voudra ou pas
Indépendamment de moi.

Puis
Avant d’en savoir plus sur une autre sorte de blanc, avec le piano de Tony H encore en mémoire, je pense à White on White de Gyorgy Ligeti.


Prés-texte // Mardi 29 janvier 15:27

Une autre nouvelle vient de l’autre rive.

Blanche et silencieuse comme une feuille vide de sens et qui cherche son orientation.
Comme une inspiration sans objet.
Sans prise.
Mise entre parenthèse du présent.
En attente, à distance.

Une autre nouvelle – lente comme une lame de fond – qui trouble le souvenir que j’ai d’une belle nuit, d’une belle soirée,  d’une certaine rencontre attendue.
Qui l’oblitère comme un rappel à l’ordre ne retenant pas l’écho de mes paroles te disant :
On s’est fini avec Pierre V, à 4 du mat en s’écoutant News From the Jungle.

Mon point de vue peut maintenant bien attendre un jour de plus, une ligne de plus.

Dans mes « nouvelles réponses des archives » j’empruntai ces lignes écrites un 4 septembre : Notre pensée à tous va à ceux qui, là-haut, montent la garde… (el nostre pensament va als que, allà dalt, fan guàrdia...)

Veillons.
Montons la garde.
Par chance mon cadre est toujours là, dans le blanc de ma nuit.
Veillons dans le blanc de la nuit.

À Jean, à Tony, à François… mes pensées sont d’abord pour vous Petite Ours.


Guillaume Séguron
Sundance Kid Studio
6 février 2013
 Photo (Ajmi le 26 janvier) : Dominique Héraud

HYMAS & THE BATES BROTHERS
À LA ROCHE BERNARD
PAR STÉPHANE CATTANEO


Une fois n’est pas coutume, il ne m’a pas été nécessaire de parcourir des dizaines, centaines voire milliers de kilomètres pour assister à un concert de jazz exceptionnel : ça s’est passé samedi soir 02 février à La Roche Bernard (780 habitants), village du Morbihan que j’habite et où Hélène (notre mère adoptive à tous) tient mon bistrot préféré : « Le Rochois ». Les circonstances historiques, les réseaux d’amitié, l’énergie des bonnes personnes au bon moment et au bon endroit ont permis que se tienne une soirée dont on parlera encore d’une voix vibrante dans cinquante ans.
Des Anglais (je vous demande d’applaudir Tony Hymas, au piano) on en voit pas mal dans le coin, mais (à part à la télé) les derniers Américains (merci d’accueillir Chris Bates à la contrebasse et son frère JT aux fûts)  à être passés dans le secteur l’on fait en 1945, les armes à la main ; c’est dire si l’excitation qui faisait vibrer la place du Bouffay vers 21 heures, au terme d’une semaine à les attendre avec chaque jour plus d’impatience, grandissait, grandissait. Aussi, histoire sans doute de nous décharger de notre énervement, le trio a choisi de démarrer aussi sec par un medley cubique tonitruant, véritablement cathartique, qui a permis aux musiciens de transformer le trop-plein d’énergie de tous en un échange immédiat et provocateur entre eux et chacun de nous, et tisser par la suite une manière d’échange profond, positif, invisible…Les premières minutes du concert menées pied au plancher nous démontrèrent que ces gars sont des alchimistes, et la salle du Rochois un creuset formidable pour leurs mélanges explosifs.
Dès lors, entre vibrations d’une extrême délicatesse et orages en suspension, ils ont entraîné le public dans l’univers du blues, du jazz, de l’improvisation… Ils l’ont fait basculer dans le tourbillon d’un monde nouveau et sensible, sur l’océan des merveilles duquel on voyait les nouveaux arrivants chavirer de bonheur sur une version d’« Avec le Temps » de Léo Ferré par exemple, ou les longs développements du blues « Les évadés de la nuit » de Hymas. Pas facile pour tout le monde de nager dans un univers sensoriel où l’on n'a plus pied, mais j’ai vu bien des gens qui ne l’avaient jamais fait auparavant s’y aventurer avec délectation, enthousiasmés au-delà de la raison par le fait de découvrir qu’ils avaient l’occasion de s’abandonner à une forme subtile d’exaltation, qu’ils pouvait applaudir, crier, bouillonner sur une musique à chaque instant renouvelée, protégés qu’ils étaient par notre bulle sensorielle collective, chaleureuse, sans danger. 
Des grands moments, je crois me souvenir qu’il n’y eut que cela ; l’un fut plus étourdissant que les autres, peut-être, lorsqu’au deuxième set le trio interpréta le titre du quintet d’Hamon-Martin « Notre-Dame-des-Oiseaux-de-Fer » : que des jazzmen de cette envergure, qui avaient joué la veille en Avignon et joueraient trois jours plus tard au festival « Sons d’hiver » à Paris se sentent, veuillent se sentir proches de nous au point de reprendre la chanson qui nous fédère dans notre lutte contre l’aéroport de Nantes parut à tous renversant. L’auditoire riait, trépignait, dansait même, ce qui paraît relever de l’exploit tant la foule était dense ; en tout cas c’est ce qu’on m’a dit, moi je n’ai rien vu de ce passage : j’y participais. Improvisant une grande peinture tandis que les compères jouaient, j’avais choisi deux couleurs qui paraissent plus que jamais de circonstance : du noir et du rouge. Ce sont les deux couleurs de l’anarchie.
La générosité, le partage, la créativité… C’est l’anarchie. 
Et ça se passe à La Roche Bernard, le village le plus cool du monde.
Stéphane Cattaneo 

Peinture et affiches : Stéphane Cattaneo 

 Grand merci à Hélène, Timothée, Bénou et Stéphane ainsi qu'à Yann, Mael, Pierre, Laure, Dofini, Louise, Pablo, Merlin, Antoine et toute celles et ceux qui ont rendu ce moment possible.

Vidéo : Tony Hymas & The Bates Brothers feat. Cattaneo "Notre Dame des oiseaux de fer"