Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

29.10.10

URSUS MINOR,
BOOTS RILEY, DESDAMONA
LES MOTS JUSTES DE PHILIPPE CARLES


Il arrive, c'est encore possible, qu'une chronique, un article, vous touche, non parce qu'elle dit du bien de votre disque ou votre concert et assure ainsi de ce fait un passage un peu illusoire vers une forme de reconnaissance (ce n'est pas désagréable avec une boussole), mais parce qu'elle touche au plus juste de vos intentions propres, parce qu'elle assure une transmission du geste musical, du geste social, non dans le délire égotico-médiatico-publicito-politico-fais-moi-une-place-chéri-ô, mais dans une relation totale assurant la compréhension commune de l'histoire et de l'actualité. "L'histoire et l'actualité du jazz" c'était le motto de l'ancienne revue Jazz Magazine (aujourd'hui transformée en compression Jazz Magazine-Jazzman) à l'époque où son rédacteur en chef était Philippe Carles. C'était aussi sa réalité et sa puissance de découverte. Et bien ce sentiment, plusieurs l'ont partagé à la lecture du compte rendu de Philippe Carles du concert d'Ursus Minor à l'Ermitage le 15 octobre dernier publié sur le forum de Jazz Magazine ("Cure de jouvence est cure d'expérience" disait une jeune fille de 90 ans). La veille on parlait de Jo Jones et le lendemain on discutait avec les manifestants bretons de la manière de s'intégrer dans leurs actions. Le beau papier (au titre précis et quasi arboricole "We insist") du co-auteur de Free Jazz Black Power a touché quasi sensoriellement le groupe d'ours en balade. Si belle activité mérite assurément d'avancer plus encore l'âge de la retraite. Merci Philippe Carles !

Chronique de Philippe Carles à lire sur Jazz Magazine.com

Photo de Langston Hughes


MANIFESTATION DU 28 OCTOBRE :
"NOUS SOMMES VIVANTS"



Les manifestations du 28 octobre ont :
- accusé une baisse en nombre (une baisse bien moindre que celle prévue en cette période de vacances scolaires et après le vote de la loi sur les retraites), mais aussi une hausse en détermination populaire
- assuré que le mouvement était largement soutenu
- indiqué, si besoin en était encore, que le gouvernement ne représente que lui-même avec ses affaires, ses scandales, ses violences, ses vols, ses destructions
- montré, s'il le fallait vraiment, que ce qui est voté à l'assemblée et au sénat peut l'être contre le peuple qui n'y est pas représenté
- exposé qu'il n'y a rien à attendre des prochaines élections, mais tout des mouvements populaires
- démasqué l'infiltration de policiers en civil dans les manifestations, elle n'est pas une légende, mais bien une réalité, ils furent repérés et pris la main dans le sac hier
- annoncé un mouvement véritablement social ("Ces mauvais jours finiront")




Photos : B. Zon



27.10.10

URSUS MINOR
BOOTS RILEY, DESDAMONA
MASTER CLASS AVEC MIKE SCOTT
BREST - 19 OCTOBRE


Le 19 octobre, après midi, Vincent Raude et Cyril Thébault ont participé à une master class avec Mike Scott. Une fois encore (comme à Bordeaux le 11 octobre) le terme "master class" fut bien impropre tant il s'est agi d'échange et d'apprentissage mutuel pour reprendre les mots du guitariste d'Ursus Minor.

Témoignage de Vincent Raude


"... vraiment une super expérience, tant sur le plan musical, humain, guitaristique.....
On a beaucoup parlé musique au resto, et baucoup rigolé aussi, c'était vraiment cool de trouver un Mike Scott très intéressé par nos projets personnels et qui avait envie de partager de nouvelles choses... on a beaucoup parlé matériel aussi, et c'est vrai que cela a vraiment été une chance pour nous de pouvoir bénéficier de son expérience. D'où notre présence aux balances à Rennes le surlendemain...
Une fois arrivé au vauban, on branche les guitares, et là c'est carrément magique: là où nous attendions un cours, nous nous sommes retrouvé embarqué pour une jam de quatre heures... je ne puis cacher nôtre plaisir...
Les morceaux et les thèmes se sont enchaînés tout l'après-midi, tour à tour les siens puis les nôtres, des standards de jazz, du funk, du blues et même un peu de jazz manouche ... bref quel bonheur. On est repartit tous deux avec de la musique et de la guitare plein les oreilles et un peu crevé (on ne fait pas tous les jours le boeuf avec un de ses musiciens préféré !)
En conclusion on aura aussi et surtout retenu comme grande leçon: la théorie c'est une chose, mais le plus important c'est DO YOUR OWN THING!!!! Et pour ça Mike est très convaincant !"

Photo : B. Zon


26.10.10

"LE COEUR EN FÊTE" PAR CATTANEO
URSUS MINOR,
BOOTS RILEY, DESDAMONA

À RENNES
21 OCTOBRE


Comme un symbole fort, le dernier concert de la tournée accompagnant la sortie d'I will not take "but" for an answer eut lieu à l'Ubu de Rennes, lieu électrique s'il en est, bourré d'histoire et de mémoire active. Nous y retrouvions Jean-Louis Brossard, avec qui le premier contact eut lieu en 1982 lorsqu'il invitait Lol Coxhill pour une non moins mémorable édition des Trans Musicales de Rennes dont il est le fondateur. Bertrand Dupont, très présent dans notre histoire récente était déjà là. Ce jeudi 21 octobre, il avait fait le voyage de Langonnet pour danser avec les ours et saluer l'équipe d'Ursus Minor avant le départ ; acte généreux et fraternel car Bertrand fut le déclencheur de cette tournée d'octobre 2010. Autres retrouvailles chaleureuses ce soir-là avec notre ami le dessinateur Cattaneo qui nous livre ici ses impressions.



LE COEUR EN FÊTE

par Stéphane Cattaneo
photographies : Z. Ulma


Le jeudi 21 octobre, Ursus Minor donnait à l’Ubu de Rennes le dernier concert de sa tournée française qui, outre Paris, a vu l’essentiel de ses dates programmées dans l’ouest, et particulièrement en Bretagne, ce dont nous ne pouvons qu’être heureux, voire nous montrer fiers si tant est que ce ne soit pas là un sentiment trop déplacé.

La vie étant question de priorités, j’avais positionné cet évènement auquel j’avais été convié par mon vieux camarade Jean Rochard tout en haut de la liste des plus vitales d’entre elles, moyennant quoi j’avais dû économiser patiemment, c’est-à-dire goutte après goutte, ce précieux gazole dont les deux stations-services de La Roche-Bernard sont encore dépourvues à l’heure où j’écris, afin d’être assuré de pouvoir parcourir les presque quatre-vingt-dix kilomètres qui séparent ma campagne profonde et enchanteresse de la grande ville où le raout devait avoir lieu, quitte à ne pas pouvoir en revenir d’ailleurs, mais honnêtement cela me semblait accessoire.

Plusieurs signes m’apparurent comme d’excellents présages : il y eut tout d’abord ce magnifique coucher de soleil sur la route, dont je laissais les éclats sanglants illuminer le ciel dans mon dos, puis mon arrivée à Rennes où, tout de suite après avoir trouvé une place miraculeuse près du Théâtre National de Bretagne au flanc duquel est accolé la salle de concerts, j’assistai à un magnifique vol d’étourneaux, constitué par trois groupes de plusieurs centaines d’individu s’adonnant avec la passion mystérieuse qui les caractérise au croisement incessant et acrobatique de leurs trajectoires respectives. De plus, je m’aperçus que la lune était pleine, ce qui me sembla de bon augure. Enfin, après avoir traîné à la recherche d’un troquet sympa et échoué finalement au Royal Kebab de l’avenue Jean Janvier, je découvris un arbre magnifique planté sur le boulevard de la Liberté qui, seul parmi tous les autres qui bordent cette grande rue accueillait en sa ramure l’essentiel de la troupe des oiseaux susnommés, ce qui, tandis que je mangeais mes frites arrosées de sauce blanche et que les canaillous faisaient entendre leur pétulant ramage, me sembla poétique comme tout.

Puis, impatient et tendu comme si c’était moi qui m’apprêtais à jouer, j’entrai bien en avance dans la salle de spectacles qui, se présentant un peu sous la forme d’un club à l’anglaise, accueillera prochainement Susheela Raman, Kélé ou encore le claviériste Brian Auger, et où, parvenu au long bar en S rouge, je passai un moment à écluser des Bonnets Rouges en me livrant à une observation sociologique du public qui commençait à s’y masser, plutôt jeune. Au bout d’une petite éternité le concert commença. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la musique d’Ursus Minor déménage. Le groupe n’est pas là pour plaisanter : il attaque son set à fond, augmente l’intensité à mi-parcours et termine en donnant le maximum, suscitant l’émoi du public qui s’anime, trépigne, applaudit, s’égosille à l’unisson.

La répartition des rôles au sein du groupe m’apparut légèrement différente par rapport à celle du disque, dans le sens où je perçus plus nettement le rôle prédominant du fantastique batteur Stokley Williams autour duquel tout se détermine, celui-ci distribuant avantageusement les rythmes et les syncopes propres à libérer l’expressivité de ses petits camarades ; les petits saligauds ne s’en privent d’ailleurs pas, et c’est tout bénèf’ pour les spectateurs. Par exemple, ce fut un bonheur d’assister aux interventions de François Corneloup, qui prend autant de plaisir qu’il en donne à faire vibrer son baryton : que ce soit dans l’accompagnement de la rythmique ou les solos dans lesquels il se lance, son éructante virtuosité fait chavirer les plus indécis des chichiteux présents dans la salle, et il ne se gêne pas pour aller chercher par moment dans les aigus le supplément d’âme d’une musique qui n’en manque pourtant pas, mais il est comme ça : trop, pour lui ce n’est encore pas assez. Et au cours des deux heures que durèrent le set, je fus heureux de profiter de la polyvalence de ses interventions, tantôt derrière tantôt devant, au polissage et à la finition, à l’accompagnement ou en plein devant…

Et s’il a un gros son, sa tâche n’est pas aisée pour autant, car un camarade qui touche sa bille, a des choses à dire, et, partant, se taille une part de lion, c’est Mike Scott à la guitare. Il paraît que le jeu de Mike dégage un truc «sexuel » (ce sont certains de ses compagnons de scène qui me l’ont affirmé après le concert), mais moi j’étais mal placé alors je ne peux pas en juger ; par contre, ce que je peux dire sans contestation possible c’est qu’il a un jeu pertinent, incisif et tranchant, et qu’à un moment, sur un blues, il nous a sorti (excusez-moi l’expression) un putain de solo de guitare électrique à ce point hallucinant, dévastateur et inspiré que j’ai cru que 1°) j’allais pleurer de bonheur ; 2°) le bâtiment allait s’effondrer. Le public a littéralement rugi de plaisir, et ce fut un des grands moments de la soirée. Un autre fut celui qui vit arriver Boots Riley sur scène.

Evidemment, j’aime beaucoup Desdamona, et trouve qu’il n’y a rien à redire à sa prestation ; elle a une façon de raper, avec sa douceur et sa féminité, qui me touchent, en sus d’une forme d’intériorité plutôt rare dans le milieu.

Et quand Boots la rejoint sur scène, il y a le feu. Ce type, en sus d’un look afro old style super cool, dégage une énergie volcanique ainsi qu’une sensualité exquise, et sa façon de bouger, danser et s’adresser dans les yeux à certaines personnes du public desquelles il se rapproche en se courbant tout au bord de la scène fait mouche, parmi les filles bien sûr, mais pas seulement. Virevoltant, scandant des textes politiques, revenant entre deux morceaux sur les grèves du moment, il rapproche le mouvement social actuel et les affrontements directs contre l’autorité policière qui en découlent avec ses préoccupations intimes, ce qu’il écrit et pense de toute éternité, et l’on sent qu’il est avec nous ; quand il rape de nouveau après un court laïus, il est secoué d’une transe épileptique qui me galvanise. Si d’aventure nous devions nous trouver du même côté d’une barricade (et si barricade il y avait, nous serions indubitablement du même côté), je sais que Boots chantant nous gagnerions quoi qu’il arrive.

Et je peux vous dire que je m’en fous bien si ce que j’exprime, dans ma naïveté crasse en fait sourire certains ; je m’efforce seulement d’être aussi sincère et direct que le message qu’il délivre, d’être à la hauteur de ses espérances quant à notre capacité à changer le monde en faisant l’amour et la révolution.

Je suis sûr que ce n’est pas Tony Hymas qui m’en ferait le reproche, Tony qui avec ses faux airs de renard dépressif tient toujours la baraque et s’occupait ce soir-là de la basse via un clavier relié à un ordinateur portable lui permettant de changer de sons à loisir. Je trouve qu’il y a un mystère Tony Hymas, je n’arrive pas à m’expliquer comment un type de son allure parvient à s’embarquer dans des projets aussi ébouriffants que celui-là tout en gardant une apparence si flegmatique. Surtout que sans en avoir l’air, il est très impliqué et s’active aussi bien pour assurer la cohésion de l’ensemble que pour faire jaillir des solos aux sonorités bizarrement électroniques, dans une tradition anglo-saxonne qui a fait ses preuves sur les scènes du monde entier. Pour tout dire, je me sens très proche de lui, et je regrette de ne pas m’exprimer plus correctement en anglais pour mieux échanger avec lui, comme j’ai eu l’occasion de le faire après ce concert explosif, en rejoignant les musiciens dans leur loge.

Car j’ai été invité par eux à franchir ce Rubicon qui sépare les artistes du commun des mortels, et je me suis senti comme au bon vieux temps honoré d’être convié à partager leur intimité. Ainsi, cela faisait des années que je n’avais pas vu Tony, François et même Jean, et les retrouvailles furent émouvantes, de mon point de vue.

Et oserais-je le dire ? Je fus littéralement enchanté de ma rencontre avec Christelle Raffaëlli qui est, il faut le dire très, très charmante, et je suis poli. Christelle, dont les yeux sont comme deux lacs sombres dans lesquels on a envie de se noyer, s’occupe de tout un tas de choses chez nato, du genre contrats, coups de téléphone, billets d’avions, etc.

Et c’est le plus naturellement du monde que, une fois les portes refermées, nous gardant à l’intérieur de ce qui ressemblait à un cocon, nous passâmes tous deux notre temps à discuter de choses qui ne vous intéresseraient pas forcément, en riant de temps en temps de nos conneries (j’avoue qu’il m’arrive parfois d’en raconter), tandis que de son côté, Boots Riley qui avait essayé sans succès de dévergonder quelques jeunes filles avenantes (mais ce n’est pas racontable ici) se consolait en buvant de ce champagne si généreusement offert par Jean-Louis Brossard, notre hôte de la soirée. Et là, je voudrais signaler un fait qui me semble important, malgré le fait que mon point de vue légèrement extérieur à l’affaire : l’accueil de Jean-Louis fut exemplaire de générosité et d’implication personnelle et son enthousiasme à accueillir le groupe réel et spectaculaire. Ainsi, loin de l’image d’un type blasé revenu de tout que ce fondateur des Transmusicales pourrait afficher, je l’ai vu fendre la foule en plein milieu du concert, pour aller danser et recevoir son quota de good vibrations au cœur du chaudron qu’il avait contribué à créer ; mieux, au cours des rappels dont nous ont gratifiés les musiciens, il se faufila avec Jean de manière à pouvoir danser spontanément au fond de la scène. Moi, je dis chapeau.

Las ! Nous ne sommes pas toujours maîtres de notre destinée, et vers les deux heures du matin il fallut nous rendre à l’évidence : ça fermait pour de bon et nous devions nous séparer.

Sur un morceau de trottoir rennais, nous nous serrâmes longuement la main avec Boots, en nous regardant yeux dans les yeux, et bien malin qui saurait dire ce qui nous passa par la tête à ce moment.

Je saluai Jean et embrassai François et Tony.

Puis nous nous fîmes la bise avec Christelle, avant que je m’enfuie vers mon automobile, au volant de laquelle je passai presque une heure et demie à tenter de me convaincre que c’était mieux que rien.

En guise de consolation, le voyant lumineux de la réserve de carburant s’alluma seulement trois kilomètres avant d’arriver chez moi.

De ce point de vue-là au moins, j’étais sauf.

Stéphane Cattaneo



Remerciements à Jean-Louis Brossard, Etienne Jacquet, Annoussay Phommaline, Yannick Bringuet, Rémi Bonneau, Farid Baba, Christian Becker, Victor Becel, Séverine, Xavier Carjuzââ, Béatrice Macé et toute l'équipe de l'Ubu.

Ursus Minor : I will not take "but" for an answer
Ubu
Trans Musicales
Cattanéo - Moebius : Beautiful Life

25.10.10

URSUS MINOR,
BOOTS RILEY, DESDAMONA
DE BREST À RENNES
21 OCTOBRE


Photographies : Desdamona, un gréviste, B. Zon



Départ de Brest vers l'Ubu de Rennes, jeudi 21. La gare est occupée et les rails aussi. Nous partirons plus tard et c'est tant mieux, échanges sympathiques avec les grévistes. Les grèves et les actions sociales des peuples ont toujours fait bien plus pour l'amélioration de leurs conditions de vie que les décisions de leurs élus (et c'est un euphémisme). Il y a évidemment quelque chose d'heureux, de libérateur, dans ce type d'événement qui favorise la parole, l'échange. Mais les boutes-joies du moyen âge ne sont jamais loin. Un petit groupe de voyageurs montre son exaspération et se revendique comme "usagers" gênés "qui vont rater leur correspondance" (alors qu'ils ont manifestement manqué celle de la vie) et dont "les patrons seront furieux de les voir arriver en retard". Le vocabulaire médiatique et étatique (deux genres terriblement confondus) prend le pas sur la vraie langue, distingue différents types de citoyens rangés en deux catégories :
1) "L'usager" (il veut travailler, il est conscient des difficultés économiques de son pays, il respecte la parole de ses élus et s'en remet à eux pour décider de sa vie, l'usager n'est pas contre la grève à condition qu'elle n'ait aucun impact, qu'elle se déroule en marge de sa vie bien réglée),
2) "Le gréviste" (il est rétrograde, ne comprend pas l'avancée de la société, embête ses contemporains, met honteusement son pays en retard).
Le gréviste entraîne ses sous-genres dont pouvoir et médias se gargarisent : le récent "bloqueur" ou le plus classique "casseur" par exemple.

L'altercation avec ces pisse-froid est inévitable (ou bien irésisitible). "L'usager" n'a pas encore compris combien il aura mauvaise mine lorsqu'il sera complètement usé. Le pouls du pays bat, que ce battement chasse l'ordure !





URSUS MINOR,
BOOTS RILEY, DESDAMONA
À BREST
20 OCTOBRE


Photographies par Jacqueline Ledoux (qui danse encore)


Brest n'est pas une ville comme les autres, son histoire est mouvementée, les Osismii, Morvan de Léon, les ambassadeurs du Siam, Colbert, Vauban, merde à Vauban, les Girondins, les frégates, la mer, le débarquement de 1917, l'occupation par les Nazis (et l'organisation de comités de soldats allemands anti-nazis par des militants trotskistes brestois), les bombardements alliés, la destruction, la reconstruction, les grèves ouvrières de 1950, Édouard Mazé ; on sait aussi qu'à Brest Un homme est mort (1). Penn Ar Jazz, à Brest ne peut pas être un festival comme les autres. Il a cette force de lucidité, cette aptitude au champ de l'action, cette détermination d'un maquis à ciel ouvert (nous y reviendrons).

Le Vauban à Brest, c'est la salle la plus à l'Ouest, après c'est l'océan, on n'est pas là par hasard. C'est le bout du monde et au bout du monde, on devrait le savoir, il ne reste plus de place que pour la beauté : c'est le début du monde. Le concert d'Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona a envisagé cette vision panoramique. Le groupe inclut "Fall like dominoes" pour la première fois en concert. Ca tombe juste, grave et vivant, vivant! Il est tard, pas question de rentrer à la maison, la salle reste pleine, rappel chaleureux, François Corneloup demande que "par solidarité avec ceux qui sont debout derrière, les premiers rangs virent les tables et les chaises": "On ne manifeste pas assis ! Nom de Dieu !". Tu as bien raison Emma (bien sûr), et en complément comme l'écrivait Antonin Artaud (dans Heliogabale) : "On gagne l'amour par la conscience d'abord, et par la force de l'amour après". On est en plein dedans !

Chaque concert à Brest, chaque invitation de Penn Ar Jazz (qui rayonne sur toute la région par intense nécessité d'expression et non comme excuse culturelle - il faut le souligner tant c'est heureusement flagrant) est une danse sur la ligne d'horizon, une danse en pointe.



(1) Fortement conseillée la lecture de Kris et Étienne Davodeau : Un Homme est mort (éditions Futuropolis)
D'après l'histoire de René Vautier, important cinéaste des gens, et son film éponyme (désormais invisible)
Christophe Rocher a également conçu une musique originale pour un spectacle conçu d'après la bande dessinée de Kris et Davodeau (voir site
Marmouzic)

Merci à Christophe Mevel, Janick Tilly, Pascale Groux, Christophe Rocher,Vincent, Julien Boccou, Dominique et toute les équipes de Penn Ar Jazz et du Vauban

21.10.10

URSUS MINOR,
BOOTS RILEY, DESDAMONA
À CARHAIX
17 OCTOBRE
AVEC DIDIER PETIT ET JT BATES


Photographies : Eric Legret


Chaleureuse proximité à l'espace Glen Mor. Le duo Didier Petit - JT Bates se saisit de l'espace en toute quiétude, l'investit, le prépare, le rocke. Le lien dévoile ses évidences et Ursus Minor prend la suite. C'est très enlevé. Déterminé. Les enfants veulent monter sur scène. Ils ont raison. Pas de séparation, on est tous ensemble. Vibrations d'inflorescence, aimer et penser en même temps, perspectives de cœurs et de corps, réalité populaire.




Atlantique Jazz Festival - Penn Ar Jazz

Merci à Yann Rivoal qui n'a pas oublié de quelle école il venait, à toute l'équipe de l'espace Glen Mor et un grand merci fraternel à Bertrand Dupont bien sûr, à Cécile Borne, Perrine Lagrue, Manon Fouquet (bien nommée).