Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

29.6.08

IL Y A UN MOIS


video
Mahmoud Ahmed au Fine Line le 24 mai

Il y a un mois, Denis Colin et Kelly Rossum effectuaient avec finesse la clôture (voulue ouverture sans se forcer) du festival Minnesota sur Seine. Un thème du clarinettiste dédié à Malachi Ritscher, amateur musicien à l'amitié profonde qui s'est immolé à Chicago pour protester contre la guerre en Irak, nous rappelait que nous ne vivons pas dans des mondes séparés et renforçait cette partie qui nous incite. Pourquoi faire un festival, une réunion de musiciens et autres personnes en recherche de langage ? Pourquoi quand tant est obstacle : subventions revues à la baisse (ou supprimées pour certaines), augmentation brutale des tarifs aériens, complexité kafkaïenne pour obtenir les visas (même si son dossier était en règle et les lourds frais de dossier acquités, Benoît Delbecq n'aura pas le sien en temps), lenteurs administratives sur tous les fronts battant des records, malentendus, jalousies, inutilités envahissantes, errare humanum est (multi), attaque des sectes (des fois), manque de temps, crise de foi, manque d'argent, manque de sommeil ...

video
La Rumeur et Ursus Minor au Triple Rock Social Club le 22 mai

Oui, pourquoi lorsqu'autour de nous, la terre tremble conduisant les uns à l'abandon, les autres à la retraite, lorsque les pompiers confondent ouverture et partage avec lobbyisme ? Peut-être simplement car une fois encore, les musiciens nous ont bien eus, stimulants, partageurs et sans cesse en état de langage. Peut-être aussi parce que le public le souhaite sans passivité, qu'en des lieux divers intimes ou de surfaces largement boisées se trame ce qui nous maintient en vie et que nous avons l'impression le temps d'un soupir essentiel que c'est pour longtemps. La musique peut encore un peu et nous devons comprendre que nous avons à repartir de l'endroit où nous sommes (pas forcément zéro). Nos pratiques ne sont pas plus étrangères que nous ne le sommes nous-mêmes.

video
Viv Corringham, Peter Cusack, Chris Thomson, Chris Bates, Pablo Cueco au Minnesota Museum of Modern Art le 17 mai



Jeudi 15 mai
OPENING NIGHT

Anthony Cox / Raymond Boni
Anthony Cox: basses
Raymond Boni: guitare

Black Dog Café - St Paul

Vendredi 16 mai
A NIGHT WITH FEDERICO GARCIA LORCA

CHANSONS DE LORCA : arrangées par Tony Hymas
Michelle Kinney : violoncelle
Jacqueline Ultan : violoncelle
Jef Lee Johnson : guitare
Tony Hymas : piano

POEMAS DE FEDERICO GARCIA LORCA
Violeta Ferrer et Raymond Boni

Violeta Ferrer : voix
Raymond Boni : guitare

FLAMENCO
Gabriel Gonzalez et Miguel Linares
Gabriel Gonzalez : chant
Miguel Linares : guitare

Central Presbyterian Church, 500 Cedar St - Downtown, St Paul

Samedi 17 mai
A NIGHT ON TOP OF THE POPS

Peter Cusack / Viv Corringham feat. Chris Thomson, Chris Bates, Pablo Cueco
Viv Corringham: vocals
Peter Cusack: bouzouki, guitare
Chris Thomson: saxophones
Chris Bates: contrebasse
Pablo Cueco: zarb

Mystery Palace invites Noël Akchoté
FoodTeam aka Ryan Olcott: claviers
James Buckley: basse
Joey Van Phillips: batterie
Noël Akchoté: guitare

Minnesota Museum of American Art - St Paul

Dimanche 18 mai
BREAKFAST WITH KYLIE

Noël Akchoté plays Kylie Minogue
Noël Akchoté: guitare

Black Dog Café - St Paul

L'APRÈS MIDI DES FAUNES

Christophe Rocher / Christofer Bjurström
Christophe Rocher: clarinettes
Christofer Bjurström: piano

Black Dog Building - St Paul

A NIGHT OF OLD AND NEW WORLD ROOTS

Roma di Luna avec Jacky Molard Quartet
Alexei Moon Casselle : guitare, chant
Channy Moon Casselle : chant, violon, guitare
Jessi Prusha : choeurs
Michael Rossetto : banjo
Jacky Molard : violon
Hélène Labarrière : contrebasse
Janick Martin : accordéon
Yannik Jory : saxophones

Cedar Cultural Center - Minneapolis

Lundi 19 mai
FEST NOZ SURPRISE

Jacky Molard : violon
Hélène Labarrière : contrebasse
Janick Martin : accordeon
Yannik Jory : saxophones
Gabriel Gonzalez : voix
Miguel Linares : guitare
Tony Hymas : claviers
François Corneloup : saxophone
Chris Thomson : saxophone
Nathan Hanson : saxophone
Brian Roessler : contrebasse
Pablo Cueco : Zarb
Mirtha Pozzi : percussions


Black Dog - St Paul

Mardi 20 mai
AN EVENING IN PARIS (EARLY 20TH CENTURY)

Tony Hymas, joue Debussy and Satie
1ère et 2ème Gymnopédies d'Erik Satie - 12 Etudes de Claude Debussy
Tony Hymas : piano

Creation Audio - Minneapolis

Mercredi 21 mai
TAUT HIDES AND TUNED STRINGS

Pablo Cueco zarb solo
Pablo Cueco : zarb
Mirtha Pozzi : percussions

Trio Tony Hymas, Bruno Chevillon, JT Bates
Tony Hymas: piano
Bruno Chevillon: contrebasse
JT Bates: batterie

+ sur un titre :
Pablo Cueco : zarb
Mirtha Pozzi : percussions

Artists Quarter - St Paul

Jeudi 22 mai
ECHOES OF TRUTH, FIRE MUSIC

Post Nomadic Syndrome
Oskar Ly: chant
Shawn Mouacheupao: batterie
Tieng Hang: basse
Tou SaiKo Lee: MC
Chuefeng Xiong: guitare

La Rumeur
Ekoué: mc
Mourad: mc
Le Bavar: mc
Soul G: platines

Ursus Minor
Tony Hymas : claviers
Jef Lee Johnson : guitare
François Corneloup : saxophones
Stokley Williams : batterie

Triple Rock - Minneapolis

Vendredi 23 mai
JAZZ AT THE GALLERY

Dominique Pifarély Trio invites Tim Berne
Dominique Pifarély: violon
Julien Padovani: orgue
Eric Groleau: batterie
Tim Berne: saxophone alto

François Corneloup “Next” François Corneloup : saxophones
Dominique Pifarély : violon
Dean Magraw : guitare
Chico Huff : basse
JT Bates: batterie

Minnesota Museum of American Art - St Paul

Samedi 24 mai
LOWERTOWN MUSIC CRAWL

Didier Petit /Gary Schulte
Didier Petit: violoncelle
Gary Schulte: violon

Tim Berne / Bruno Chevillon
Tim Berne: saxophone
Bruno Chevillon: basse

Douglas Ewart / Didier Petit
Douglas Ewart: anches, flutes
Didier Petit: violoncelle

NBA with Didier Petit
Nathan Hanson: saxophones
Brian Roessler: basse
Alden Ikeda: batterie
Didier Petit: violoncelle

Downtown St Paul

A NIGHT IN ETHIOPIA

Yohannes Tona - Michael Bland - Jef Lee Johnson
Yohannes Tona : basse
Michael Bland : batterie
Jef Lee Johnson : guitar

Mahmoud Ahmed et son Ensemble
Mahmoud Ahmed: chant
Moges Habte: saxophone
Tekle Gebremedhin: saxophone
Araya Wolde Michael: claviers
Tamre W. Agede: guitare
Yenesew Tefera: basse
Mikias Abebayehu: batterie

Fine Line - Minneapolis

Dimanche 25 mai
LOWERTOWN MUSIC CRAWL 2

Didier Petit / Milo Fine
Didier Petit: violoncelle
Milo Fine: piano

Zeitgeist Ensemble joue "Le soleil se couche à l'ouest" de Pablo Cueco
Heather Barringer : percussion
Patti Cudd: percussion
Pat O'Keefe: clarinettes
Shannon Wettstein: piano

et débats avec Francis Falceto, La Rumeur etc.

Didier Petit / Carnage
Didier Petit: cello
Carnage : mc

Kelly Rossum / Denis Colin
Kelly Rossum: trumpet
Denis Colin : clarinette basse


et Steve Wiese, Dan Rein, Guy Le Querrec, Sergine Laloux, Olivier Gasnier, Fabien Barontini, Bruce, Bryan, Nancy, Melis, Don, Tom, Rich, Anthony, Stacy, Andy, Elizabeth, Jeremy, Sylvie Fontaine, Ray, Andrew Dawkins, Pat, Scott, Crystal, Lucia, Léo et bien d'autres et plus ...


Image : B. Zon

28.6.08

PARASOLS



La grève des éboueurs révèle l'immensité des faux espoirs déçus dont les
cadavres jonchent le sol.

27.6.08

PUTAIN DE CAUCHEMAR !




Cauchemar : contraction des mots picards signifiant fouler aux pieds et fantôme. De la contraction résulte l'angoisse.

RÉVEIL !

voir diconato

23.6.08

YELLOW SUBMARINE




Le roi Jacques 1er d'Angleterre, fanatique du droit divin et ennemi des femmes, souhaitait voir un navire voguer sous l'eau. Ce désir royal fut évidemment un ordre et, en 1624, le scientifique Cornelis Drebbel concrétise ce souhait en réalisant le premier navire sous-marin immergé dans les eaux de la Tamise. Dès lors l'obsession sous-marinière devient une obsession dont les progrès techniques, comme souvent, seront encouragés par les criminels militaires. Le sous-marin propose une vie (de chien) en espace très réduit dont le but ultime est la surveillance et le torpillage destructeur par des engins invisibles. Nous sommes bel et bien dans l'air des sous-marins et comme si cela ne suffisait pas, dans celle des sous-marins jaunes, couleur associée (est-ce bien raisonnable ou rationnel) à la traîtrise. On dit par exemple "un syndicat jaune" lorsque celui-ci, censé défendre les travailleurs, leur défonce mieux le postérieur par de sournoises associations avec leurs patrons-oppresseurs. Les grandes centrales syndicales françaises sont coutumières du fait, on parle parfois des sous-marins syndicaux.

La traversée des océans de musique est bien compliquée et les torpilles jaillissent de toutes parts. Le déterminant, pour bien des amateurs, CCAM de Vandoeuvre les Nancy est sérieusement menacé (lire), (signer), Philippe Méziat et l'équipe du festival de Bordeaux tirent le rideau d'un bel événement (lire) et des producteurs historiques de France Musique, Philippe Carles, Alain Gerber, Claude Carrière et Jean Delmas, sous prétexte d'être dans leur soixantaine sont brutalement poussés dehors alors que leur savoir est entier et leur héritage nécessaire, le Théâtre de la Jeune Lune à Minneapolis ferme ses portes etc. Pas une journée sans e-mail d'alarme annonçant ces insupportables et très déstabilisantes nouvelles privatives. Tous sommes frappés plus ou moins durement. Que se passe-t-il? Doit-on être surpris ? Oui car même quand on s'y attend, on ne s'y attend pas. Quid des forces de la musique, de nos propres forces, de l'idée qu'on est tous dans le même bateau, même si certains voyagent en cabine, d'autres en soute et certains sur le pont ? Le temps est venu de mettre à bas les troupes d'Archimède pour traverser la surface libre, avec ou sans subs !

22.6.08

BLUES ON A SUMMER'S DAY


video

Dernier concert de ce petit tour en trois date et puis revient (bientôt) pour le Jef Lee Johnson Trio avec Yohannes Tona et Charlie Patierno, l'été est ouvert, l'été déjà bleu. Musique de disponibilité des couleurs, le répertoire non décidé, mais intériorisé du guitariste de Philadelphie inscrit autant de fragments comme appels organisateurs du corps. Se produisant ensuite sur la même scène avec Strada d'Henri Texier, François Corneloup constatera heureux que pendant "Jungle" "On a essuyé un grain ... nécessaire". Figuration d'un orage de prédilection pour une pluie ample irriguant les esprits. L'après-midi était belle, très belle, et heureuse en ces temps de mauvaises nouvelles incessantes.

video

Merci à Boris, Jean-Michel, Tiphaine et Julien, l'équipe souriante du festival au Parc Floral et toutes les souris vertes qui courent dans l'herbe.

19.6.08

ULYSSE, SYLVIA, BERENICE, DANIEL
ET LE SOUFFLE CONTINU



Matin pluvieux dans le 19ème arrondissement parisien, une femme à la silhouette un peu sèche et intense, le regard à destination, sort du métro orné de son arcade art déco. L'allure de la dame fait penser à Sylvia Beach et, coïncidence troublante, effet fantômatique ou incidence des phosphènes persistants, elle tient sous son bras le livre de James Joyce Ulysse. L'esprit reste présent au passage de cette figure passée. Sylvia Beach (née Nancy, prénom qu'elle n'aimait pas) a passé trois années d'études à Paris au début du XXème siècle, y retourne à l'issue de la première guerre de superproduction mondiale dans une équipe de soins médicaux, mais rejoint très vite les livres. Ratte de bibliothèque point ne se dilate ; sa passion de littérature et sa connaissance de l'être la transforment en chatte de librairie. Elle guette les plumes et fait passer. Sa boutique Shakespeare and Company rue de l'Odéon, rendez-vous privilégié de Man Ray, André Gide (qui se décarcassera plus d'une fois pour venir en aide financièrement à Mademoiselle Beach), Ezra Pound, Ernest Hemingway, Jacques Lacan et autres, devient conjointement maison d'édition en publiant Ulysse de James Joyce, incapable de trouver un éditeur dans le reste du monde. En 1941, Paris est occupé par les soldats du IIIème Reich allemand, Sylvia Beach refuse de vendre Finnegans Wake de Joyce à un officier de la Wehrmacht. Cette décision simplement d'envergure la conduit à être arrêtée puis internée dans un camp pour six mois. Les livres seront cachés. En 1944, Ernest Hemingway libère symboliquement Shakespeare and Company. Les librairies-transmettrices sont des endroits importants.


C'est comme assistante de Man Ray que Berenice Abbott, cette autre expatriée américaine (à laquelle le Minneapolis Art Institute a consacré une rétrospective il y a quelques temps), est devenue photographe. L'architecture dont elle est férue et la sculpture qu'elle a étudiées à New-York avant son départ pour Paris influenceront grandement les choix impressionnants de cette grande figure du Lutèce qui pense des années 1920. Comme pour Sylvia Beach qu'elle côtoie, la transmission chez Berenice Abbott est capitale. Elle rencontre Eugène Atget grâce à Man Ray. Elle le fait poser, mais le grand photographe ne verra jamais son portrait. Il meurt après la séance. Dès lors, elle n'a de cesse de préserver, poursuivre et défendre les travaux d'Atget. L'oeuvre du photographe des "petits métiers", qui avait tant inspiré les surréalistes, doit sa survie en très grande partie aux efforts de Berenice Abbott. Lorsqu'elle rentre à New-York, elle constate avec une sorte de choc mêlé d'effroi que la ville n'est plus la même. Elle la sent disparaître et se lance dans un grand projet : Changing New-York. Pour cette copine de Marcel Duchamp : « Le rythme de la ville n'est ni celui de l'éternité ni celui du temps qui passe mais de l'instant qui disparaît".

Daniel Richard, ancien vendeur à Lido Musique qui dans les années 1970 vous offrait tout ce que vous ne pouviez trouver ailleurs (ce qui faisait que de grands amateurs de jazz comme Charlie Watts y venaient faire leurs courses) pour donner plus d'ampleur à sa vision créera dans les années 1980 Les Mondes du Jazz (un monde !).
Depuis il est devenu responsable du secteur accordé au jazz dans la grande maison (qui en avait déjà avalé plusieurs) Polygram elle-même ingurgitée par le boa Universal. Les mastodontes du disque ressemblent aujourd'hui davantage à des piscines chauffées où l'on oublie parfois de mettre de l'eau, même javelisée. Comme Daniel Richard aime (vraiment) les disques et qu'il tente encore de le montrer au milieu des cabines de bains secs, il avouait récemment qu'en cas de prix unique du disque, il réouvrirait volontiers une boutique. Cela semble une super bonne idée. Car il est bien possible que derrière la façade des funérailles organisées, puisse se révéler tout un petit monde mu par la seule idée de vivre avec plaisir et intelligence et non de survivre dans les conventions bourgeoises, fussent-elles à la pointe de la modernité (la musique au micro-onde).



Signe avant coureur (très belle foulée !), ouverture de la boutique de disques ''Souffle Continu'' à Paris en septembre 2008 par deux ex-disquaires passionnés depuis près de quinze ans, musiciens et acteurs de la scène musicale : Bernard Ducayron et Théo Jarrier rempilent ! Leur constat :
"Ayant travaillé pendant plus de dix ans en tant que responsables de magasins de disque à Paris, nous avons vu le marché du disque subir de plein fouet la 'révolution' numérique et l'avènement du haut débit. Les structures les plus lourdes opèrent aujourd'hui de nombreuses coupes franches au sein de leur personnel et la plupart ne cachent pas leur intention de cesser l'activité de disquaire d'ici à quelques années. C'est dans ce contexte que nous ouvrons notre boutique, qui saura rallier les inconditionnels du disque encore fort nombreux, les mélomanes qui privilégient le conseil et l'écoute, les acteurs indépendants de la scène musicale parisienne et nationale voire internationale et bien d'autres curieux et ouverts d'esprit. Nous proposons également un site Internet vivant et commercial, muni d'un service d'achat sécurisé en ligne. Par ailleurs, nous organisons une programmation d'évènements réguliers, au sein de la boutique, oscillant entre des cartes blanches offertes à des labels ou des éditeurs et des signatures ou dédicaces d'artistes. La boutique propose une gamme de produits variés : Cd (neufs et occasions), des disques vinyle (neufs et occasions), des livres et magazines spécialisés ayant trait à la musique, des dvd musicaux, du merchandising (t-shirts, posters, stickers.) et enfin une billetterie sur certains concerts. Les genres musicaux proposés sont :
Rock : Indépendant, psyche 60's / 70's , post rock / free folk, krautrock / progressif / rock in opposition, no wave / hardcore 80's.
Jazz : free-jazz, improvisation libre.
Musique expérimentale : classique contemporain (sérialisme, spectralisme), field recordings / électro acoustique / acousmatique / musique concrète, fluxus, répétitif /
minimaliste, électronique minimale. Musique électronique : electronica, dub, trip-hop...
Hard Rock : heavy metal, trash / black metal, gothic / dark wave, electro
indus / metal indus.
Le métier de disquaire est en passe de redevenir ce qu'il aurait toujours dû rester ; un métier de passionné, qui ne peut vivre que s'il est mené par des passionnés compétents et novateurs "
.

Comme les écrivains ont eu besoin de Sylvia Beach, les musiciens ont besoin d'autre chose que des bornes d'écoute. La démarche sans bornes, mais pleine d'écoute du Souffle Continu (titre parfait) rejoint l'objectivité telle que décrite par Berenice Abbott : "Il ne peut y avoir d'objectivité sans mystère des choix personnels". Saluons l'objectivité réjouissante de Théo Jarrier et Bernard Ducayron qui souhaitons le stimulera la nôtre qui en a le plus grand besoin.












Souffle Continu 20/22 rue Gerbier, 75011 Paris - angle rue de la Roquette,
métro : Voltaire / Philippe Auguste.


Photos :
Sylvia Beach et James Joyce par X
Sylvia Beach par Berenice Abbott
Berenice Abbott par Man Ray

CHINON IN BLUES


Lorsque l'on arrive à Chinon, délicieuse bourgade médiévale où la très physionomiste Jeanne d'Arc reconnut Charles VII (copain sans mémoire de Jacques Coeur, chef des Armagnacs à la vie compliquée, père de Louis XI), un détail frappe : la catapulte à l'extérieur du château qui semble en excellent état de marche. De quoi défoncer les murailles des forteresses trop arrogantes et se projeter à la vitesse des pierres-boulets à l'endroit de nos rêves les meilleurs enfin concrétisés. C'est ce chemin vif que sembla prendre le trio nouveau de Jef Lee Johnson (Yohannes Tona, basse - Charlie Patierno, batterie), dont c'était le second concert (le premier la veille à Toulon), invité à Chinon le samedi 14 juin, par l'équipe chaleureuse, enthousiaste, amicale et gracieuse du Petit Faucheux (cocktail qualitatif inestimable pour réussir un festival que trop semblent avoir oublié). Le trio proposa dès les premières notes une musique vivant dans l'instant sa propre libération grâce à un ancrage plus profond qu'à l'habitude dans les méandres des essences du blues. Et signe merveilleux, les enfants ont aimé, ils ont dansé toute la soirée quittant, turbulents, leurs sièges pour s'exprimer sans retenue au rythme de la musique. Un petit garçon dira à Yohannes Tona quittant la scène : "Monsieur, c'était trop bien la musique !"

video

Samedi 21 juin à 15 heures au Parc Floral de Paris (gratuit)

14.6.08

HEY BO DIDDLEY !





Si Chuck Berry a fourni une partie non négligeable du répertoire engendrant le fulgurant essor du rock britannique qui vit après Johnny Kidd and the Pirates, la déferlante Beatles et ainsi de suite, le son british se révéla directement à partir de la cuisse de Bo Diddley. Le guitariste du Mississippi (né Ellas McDaniel) qui contribua à la transformation du rythm'n'blues en rock'n'roll, quelques mois avant Chuck Berry (mais après Ike Turner) cultivait un son d'une guitare pour la première fois très amplifiée tranchant avec un rythme profond et cardiaque au ras du sol irisé par la figure obsédante des maracas du consistant Jerome Greene. Les Rolling Stones, Kinks, Pretty Things, Yardbirds, Animals et bien d'autres seront les héritiers-emprunteurs direct de ce Diddley sound (aussi appelé Jungle beat). En 1955, Bo Diddley composa le définitif "I'm a man" transformé par grand pompage (mais le fleuve est à tout le monde ?) en Mannish boy aussi définitif quelques temps plus tard par Muddy Waters (autre grand inspirateur des jeunes sujets de sa Majesté satanique).

Si le créateur de Road Runner ne connu pas la constance de popularité d'autres rock'n'rollers (après 1965 notamment), nombre groupes lui rendirent de prononcés hommages tels les Rolling Stones, les Yardbirds, les Who, les Doors, le Grateful Dead, les Clash, Patti Smith ou même les New-York Dolls. Bo Diddley s'est carré sa guitare rectangulaire le 2 juin dernier. Las ! Restent la mémoire d'un son unique sorti avec Detour des eaux boueuses du Mississippi, pillé à l'extrême pour le meilleur le plus souvent, un répertoire luxuriant qui sauf amnésie générale devrait encore irriguer et en guise de moralité son fameux "Before you accuse me" et sa réponse "Take a look at yourself" utiles à méditer en ces temps couards de dénonciations multilatérales à mots bien peu musicaux plus ou moins (dé)couverts.

8.6.08

FAITS D'ANNONCE



Dans Un conte de Noël (2008) d'Arnaud Desplechin, Jean-Paul Roussillon écoute dans ses moments de solitude choisie "Air" de Cecil Taylor ou scrute la partition de "Reincarnation of a Lovebird" de Charles Mingus pendant que le disque tourne ; façon de résister à l'accélération du monde (réduit en l'occurrence à la cellule familiale).

Dans la séquence précédent le dénouement du film The Killers (1946) de Robert Siodmak, Edmond O'Brien a rendez-vous avec Ava Gardner au "Green Cat", un restaurant où joue un pianiste qu'on n'aperçoit pas, mais dont la musique rythme la scène d'une implacable façon. Au fur et à mesure que la conversation se tend, ce qu'il est convenu d'appeler musique de fond, ici un sorte de ragtime, est jouée de plus en plus rapidement par le pianiste invisible, mais partie prenante interne à la scène comme les autres acteurs et figurants. Cette accélération donne curieusement lieu à une agitation inhabituelle parmi les convives lorsqu'Ava Gardner quitte précipitamment la salle ; sans raison apparente, une façon animale de sentir l'orage peut-être, ou la mort.

À la même époque, René Char termine ainsi son poème le "Visage Nuptial":

"Chimères, nous sommes montés au plateau.
Le silex frissonnait sous les sarments de l'espace;
La parole, lasse de défoncer, buvait au débarcadère angélique.
Nulle farouche survivance:
L'horizon des routes jusqu'à l'afflux de rosée,
L'intime dénouement de l'irréparable.

Voici le sable mort, voici le corps sauvé:
La Femme respire, l'Homme se tient debout."


La musique, ultime galop de l'immobile ?


1.6.08

LEFT FOR DEAD & INCIDENT À OGLALA




Le troisième volet de la "trilogie indienne" de Tony Hymas et Barney Bush : Left for Dead sera l'occasion d'une rencontre à la librairie MK2 gentiment organisée par Sophie Quetteville et Crystal Raffaëlli. On y trouvera les rééditions de Left for Dead, Oyaté, d'autres disques nato, le Chronatoscaphe et aussi un beau nombre d'ouvrage consacrés aux indiens d'Amérique comme ceux de l'indispensable collection dirigée par Francis Geffard "Terre Indienne" ou Sur la piste de Big Foot du photographe Guy Le Querrec. La rencontre sera suivie de la projection du film Incident à Oglala de Michael Apted produit par Robert Redford, rare documentaire sur les incident de Pine Ridge (1975) et la condamnation arbitraire et violemment signifiante en 1976 de Leonard Peltier.